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Les APACs et la gouvernance des aires protégées en environnement marin-côtier… on en discute à Dakar !

Par Grazia Borrini-Feyeravend, Coordinatrice Globale du Consortium APAC

L’Assemblée Générale du Réseau des Aires Marines Protégées en Afrique de l’Ouest et le septième Forum du Partenariat Régional de Conservation de la Zone Côtière et Marine en Afrique de l’Ouest (PRCM) se sont tenus à Dakar du 21 au 29 Novembre 2013. Le Consortium APAC, invité avec son Coordinateur Régional Salatou Sambou et sa Coordinatrice Globale, a pris l’opportunité pour participer à plusieurs ateliers et débats et pour lancer le petit livre « Il était une fois Kawawana » , la vraie histoire de l’APAC Kawawana en Casamance (Sénégal) racontée à travers les mots des personnes qui l’ont créée et continuent aujourd’hui à la nourrir de leur passion et de leur travail…

Kawawana est l’exemple phare d’une communauté qui a décidé de se battre contre la disparition de ressources naturelles en faisant revivre les traditions de leurs ancêtres. Tous les habitants de la communauté rurale de Mangagoulack connaissent Kawawana, et peuvent en raconter l’histoire. Dans le bouquin, ils témoignent des difficultés qu’ils ont du surmonter, des premiers succès et des défis pour une communauté disposée à relever la responsabilité de gouverner l’écosystème local qui la nourrit et lui donne identité et vie. Le bouquin est tellement bien fait et « parlant » que toutes les copies rendues disponibles ont disparu très vite.

Le Consortium a aussi saisi l’occasion pour organiser un événement parallèle pour lancer en Afrique le volume des Lignes Directrices IUCN WCPA no. 20 : Governance of Protected Areas: From Understanding to Action. Le volume est pour le moment disponible en Anglais (version imprimée et électronique) mais sera bientôt disponible aussi en Français et Espagnol.

Dominique Duval-Diop, Coordinatrice Générale du RAMPAO, a débuté le travail par la présentation des participants : Grazia Borrini-Feyerabend pour la description de l’ouvrage, et trois invités d’honneur pour la discussion : Aimè Nianogo – Directeur UICN PACO, Aboubacar Oularé, Directeur du Centre National de Gestion des Aires protégées de la Guinée et Charlotte Karibuhoye, Coordinatrice du Programme pour les Aires Protégées Marines pour la Fondation FIBA. La présentation par Grazia a traité des deux parties de l’ouvrage. A propos de la première partie, elle a illustré la distinction entre gestion et gouvernance, défini « qualité » et « types » de gouvernance des aires protégées, et décrit les multiples raisons pour lesquelles il est bien de comprendre et utiliser ces paramètres. Les aires protégées sous gouvernance privée et sous gouvernance par les peuples autochtones et les communautés locales (Aires du Patrimoine Autochtones et Communautaire – APACs) ont été indiquées en tant que « conservation volontaire », un atout important pour faire face aux défis des changements globaux de nos jours.

A propos de la seconde partie de l’ouvrage, Grazia a mis l’accent sur la méthodologie proposée par l’UICN pour analyser, évaluer et agir à propos de la gouvernance d’un système d’aires protégées et/ou d’un site individuel. La méthodologie se déroule en plusieurs étapes, par exemple l’analyse de l’historie et des cultures de la région, l’analyse des acteurs et des institutions, l’analyse de la législation et des politiques nationales (qui peuvent admettre ou nier la possibilité d’une diversité de types de gouvernance pour les aires protégées), l’analyse du système sur la base de la Matrice UICN et surtout l’analyse spatiale de la gouvernance par rapport à l’état de conservation et des menaces qui pèsent sur le milieu naturel. Ella a conclus en rappelant le rendez-vous du Congrès Mondial des Parcs (Sydney, Novembre 2014), où un « Stream » entier sera dédié à l’amélioration de la diversité et de la qualité de la gouvernance des aires protégées.

Les personnalités qui composaient le panel ont ensuite donné leur appréciation de l’ouvrage et de son contenu. Aimè Nianogo a souligné son importance pour l’effective mise en place d’une approche participative à la sauvegarde des aires protégées. Quand les ressources naturelles se trouvent sur la pression croissante des industries extractives et des grandes infrastructures, seulement des communautés conscients de leurs histoire, cultures et identité entrelacées avec l’environnement auront la chance de défende la nature. Aboubacar Oularé a renforcé ce point en notant que la valeur de l’ouvrage réside dans sa franche ouverture à la gouvernance par les peuples autochtones et communautés locales surtout dans les pays qui ont des difficultés à se doter des moyens de surveillance étatique efficace (« tout ce qui appartient à l’état n’appartient à personne »). Charlotte Karibuhoye a ensuite bien noté que les politiques de décentralisation permettent des progrès tels que la reconnaissance officielle des APACs, mais il faut que la gouvernance (« appropriée en type, et bonne en qualité ») et la gestion (efficace) aillent main dans la main pour que la conservation des aires protégées de la région soit vraiment durable.

Un riche débat a suivi ces premières remarques et la trentaine de participants dans l’auditoire s’est exprimée avec vigueur bien au delà du temps assigné. L’étape suivante est maintenant le processus d’analyse, évaluation et action du système d’aires protégées du Sénégal, présagé en 2014, qui devrait suivre la méthodologie UICN en vue de présenter ses résultats au Congrès Mondial de Sydney.