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À la rencontre des APAC du continent américain

Par: Zoë Glénard et Guillaume Cottarel, association Terres de Cultures, membre du Consortium APAC

Si, à l’échelle internationale, les APAC sont de plus en plus reconnues comme de véritables exemples d’une gestion efficace de la diversité bio-culturelle, elles restent peu documentées. Leur travail, leur action en faveur de la conservation de la diversité bio-culturelle restent trop peu connus du grand public.

Partant de ce constat, l’association française Terres de Cultures a impulsé le projet ACAPACA – Agir pour la connaissance des Aires protégées du patrimoine autochtone et communautaire d’Amérique. Terres de Cultures est une association loi 1901 agissant pour la valorisation et la conservation de la diversité bio-culturelle. Elle est basée à Saint Pierre, à l’île de la Réunion. Elle a pour objet la découverte, l’étude et la valorisation des initiatives visant à la conservation de la diversité biologique et culturelle sous toutes ses formes et à l’échelle de la planète. Le projet ACAPACA vise à rencontrer diverses initiatives disséminées entre l’Amérique du Sud et l’Amérique du Nord afin de valoriser leur travail. Comment? Par la réalisation d’un court documentaire sur chacune des initiatives rencontrées. Initiée en janvier 2015, la phase de terrain, consistant en la rencontre avec les communautés et le tournage des documentaires, est en cours. Retour sur le premier tournage réalisé auprès du territoire Mapuche de Mapu Lahual au Chili.

Mapu Lahual est un territoire fascinant à bien des égards. Bordé par l’océan Pacifique, recouvert d’une forêt native représentant beaucoup pour les habitants, il illustre de manière tout à fait intéressante les problématiques qui pèsent sur beaucoup d’aires du patrimoine autochtone et communautaire. Un sujet idéal pour le premier documentaire de la série.

Le travail de tournage a consisté en la rencontre avec les habitants ainsi que diverses autorités du territoire, notamment le Lonko, Carlos Paillamanque, chef traditionnel, ou le Président de l’Association Indigène Mapu Lahual, Javier Ancapan. De cette rencontre avec le territoire et ses habitants est né le documentaire « Les forêts de Mapu Lahual ». Difficile de résumer une situation aussi complexe, et riche à la fois, que celle du territoire, en seulement 13 minutes…

Un problème de taille pèse aujourd’hui sur le territoire, celui de la propriété de la terre. En effet, seuls 12.000 des 65.000 hectares que couvre le territoire appartiennent aux communautés Mapuche. Or, pour exploiter les ressources, notamment le bois d’Alerce, il est obligatoire d’établir un plan de gestion de la parcelle que l’on souhaite exploiter. Ces plans de gestion sont délivrés uniquement aux propriétaires des parcelles. Ainsi, les habitants, n’étant pas propriétaire des terres, ne peuvent pas en exploiter librement les ressources. Les Mapuche n’exploitent que les arbres morts, laissant ainsi la possibilité aux « alercales » les forêts d’Alerces, de se régénérer en continu. Ils n’utilisent aucune machine pour le transport du bois, seulement des bœufs ou des chevaux. Ainsi, cette méthode de travail traditionnelle n’entraine pas d’impact sur le milieu. Mais les espaces légalement exploitables sont trop petits pour permettre à tout le monde de travailler. Ainsi les jeunes quittent-ils le territoire, par manque de perspectives. Parmi les difficultés qui pèsent sur le territoire, citons également les compagnies forestières, dont les monocultures d’eucalyptus se rapprochent dangereusement du territoire.

En réponse aux diverses menaces, les communautés se sont organisées. En réponse à un projet de route côtière qui devait traverser l’ensemble du territoire est née en 2002 l’Association Indigène Mapu Lahual (AIML). Comme nous l’a expliqué Javier Ancapan, son président, l’association cherche à faire prendre conscience aux habitants de la richesse de leur environnement et de la réalité des risques présentés par les compagnies forestières et minières. Face aux difficultés que rencontre l’exploitation du bois, l’association cherche également à créer les conditions favorables à la diversification de l’économie, par l’artisanat ou l’écotourisme. Des pistes intéressantes, car ces deux activités sont développées par et pour les habitants.

Si le tournage de « Les forêts de Mapu Lahual » est achevé, le travail de montage est en cours. Le documentaire définitif devrait être disponible courant 2016. En attendant, ACAPACA met le cap vers la Bolivie, où nous rencontrerons en mars la seconde communauté du projet.

Pour plus d’informations, venez visiter le site de l’association !