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Halte à la carbonisation dans la forêt communautaire de Mangagoulack

Par Salatou Sambou, Coordinateur Régional du Consortium APAC pour les écosystèmes marins et côtiers de l’Afrique de l’Ouest & Christian Chatelain, Coordinateur Régional du Consortium APAC pour l’Afrique Centrale et de l’Ouest

Située en Casamance (Sénégal), la communauté rurale de Mangagoulack compte 8 villages (Tendouck, Boutégol, Mangagoulack, Élana, Bodé ébouck, Bouteum, Affiniam et Diatock) et une population estimée à 12000 habitants. Les moyens de subsistance principaux sont la pêche (poissons, huîtres, etc.), la collecte de produits forestiers non ligneux (fruits sauvages, viande de brousse, etc.) et ligneux (bois de service). L’association des pêcheurs de la communauté rurale de Mangagoulack (APCRM) existe depuis longtemps, avec pour but de pérenniser la pêche artisanale tout en restaurant les mangroves, afin d’améliorer la vie des populations. L’APCRM est à l’initiative de cette gestion concertée entre la population et la Communauté Rurale administrative de Mangagoulack, initiative qui s’est traduit par la reconnaissance légale de l’APAC Kawawana en 2010 par l’Etat sénégalais (la première de l’histoire).

Un fait malheureux s’est produit en 2012 lorsque le conseil rural s’est substitué – en tant qu’organe délibérant – à la population par abus de pouvoir, pour développer un partenariat avec le Wulanafa, un programme financé par l’USAID qui prétend mettre en place un plan d’aménagement dit participatif dont la seule ambition est en réalité la carbonisation à grande échelle, activité totalement inconnue dans la zone. Aucune concertation sérieuse n’a été entreprise au préalable avec les populations et, le 6 mai 2013, à la surprise de toute la communauté, l’équipe du conseil rural a entrepris une formation en technique de carbonisation pour une durée de 10 jours, à l’intention de ses membres et de quelques personnes choisies. Des coupes de démonstration ont débuté sur l’axe de la piste reliant les villages de Mangagoulack et Diatock.

Ce projet risquant de fragiliser à terme la vie des populations qui souffrent déjà des conséquences des calamités engendrées par les changements climatiques, j’ai mené un travail en porte à porte de sensibilisation et d’information sur les impacts de la carbonisation, en commençant par l’APRCM et les chefs de villages qui ont un pouvoir de décision au sein du conseil rural. Plusieurs rencontres se sont tenues à huis clos afin de stopper ce projet problématique. J’y ai exposé les risques majeurs de ce projet : perturbation de l’environnement et du climat local – déforestation et désertification de la seule forêt naturelle de Mangagoulack ; perte de biodiversité végétale et animale ; déficit alimentaire en produits non ligneux et ligneux ; etc. Nos efforts communs entre les 8 villages de la communauté ont été récompensés par une victoire et, actuellement, plus personne ne parle de ce projet. Tous mes remerciements vont vers toutes les personnes qui ont de loin ou de près participé à la lutte pour l’arrêt de ce projet.