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Modélisation participative en 3D au Madagascar et célébration du « Prix d’Excellence en Conservation » pour le travail d’un membre du Consortium en RDC

Par: Dominique Bikaba, Strong Roots et membre du Comité directeur du Consortium APAC

Le Centre technique de coopération agricole et rurale CTA vient d’accorder un appui financier et technique pour réaliser un tout premier projet de modélisation participative en trois dimensions (MPD3D) au Madagascar, en appui au projet de recherche agricole sur la gestion des ressources naturelles, notamment l’eau, pour les communautés locales du bassin versant d’Avaratrambolo, à 35Km au nord d’ Antananarivo, capitale du Madagascar.

Dans une région où les questions foncières restent délicates – comme dans plusieurs autres zones du Madagascar et de l’Afrique – et plus particulièrement dans les villages d’Ambotrakely où le projet  a été conduit, l’exercice MP3D a sensiblement contribué à briser ces difficultés, et a mobilisé plusieurs membres des communautés locales qui percevaient encore le projet « ndao hivoatra » (« allons vers une évolution », en malgache) comme une astuce d’accaparement des terres ancestrales au profit de multinationales qui se font passer pour promotrices du développement rural, un phénomène fréquent dans plusieurs zones rurales en Afrique.

Le projet « ndao hivoatra » a été initié par l’Association pour le Renforcement de la Recherche Agricole en Afrique Orientale et Centrale (ASARECA) et financé par la Banque Mondiale pour  promouvoir le développement rural dans le secteur de l’agriculture et de l’eau. Il est mis en œuvre par Artelia Madagascar avec l’appui technique de Farming and Technology for Africa (FTA) en partenariat avec le Centre National de la Recherche Appliquée au Développement Rural (FOFIFA).

L’organisation de République Démocratique du Congo (RDC) de conservation et de développement durable Strong Roots, représentée par son Directeur Exécutif, Dominique Bikaba, était donc invitée par le CTA à participer et à co-faciliter cet exercice MP3D au Madagascar en février 2015. L’initiative de la maquette MP3D qui est aussi un outil de planification, de gestion et de gouvernance forestière, est prévue d’être conduite en République Démocratique du Congo (RDC) afin d’appuyer le processus pour la reconnaissance et fonctionnalité des APAC qui est en cours dans le pays.

La RDC compte près d’un million de kilomètres carrés des forêts, c’est à dire près de la moitié des forêts tropicales africaines, dont plus de 85% sont de l’apanage des communautés locales et des peuples autochtones. Or, en août 2014, le gouvernement a décrété une loi, fixant les modalités d’attribution des concessions forestières aux communautés locales. C’est une première dans l’histoire du pays et donc un pas de géant dans le processus de reconnaissance des droits de gestion et de gouvernance des territoires et des ressources naturelles par les communautés locales et les peuples autochtones dans le pays.

La création et le fonctionnement des forêts communautaires, ainsi que la reconnaissance des APAC en RDC est un processus qui requiert non seulement la passation d’une législation y afférente, mais aussi et surtout, un engagement déterminant des autres parties prenantes. Sans cette initiative d’accompagnement de la part de ces autres acteurs techniques, scientifiques et financiers, il serait difficile de concrétiser les bonnes intentions du gouvernement de la RDC. L’état de dépendance par rapport aux apports extérieurs, financiers particulièrement, pourrait toutefois aussi faciliter l’entrée des multinationales et d’autres donateurs intentionnés, qui pourraient désorienter les acquis de cette législation et continuer l’exploitation abusive des forêts en RDC sur plus que 20% de la surface forestière du pays si de nouvelles approches de conservation ne se mettent pas en place.

Depuis plus de six ans maintenant, Strong Roots apporte son soutien aux communautés locales et peuples autochtones dans le paysage Kahuzi-Itombwe –une zone forestière incluant le Parc national de Kahuzi-Biega, la Réserve naturelle d’Itombwe ainsi que plusieurs étendues forestières –pour la gestion et la gouvernance forestière. Ce paysage comprend différents types d’habitats d’espèces animales et végétales endémiques et protégées (dont des espèces de grands singes), et qui comprend des zones aux structures de gestion et de gouvernance diverses. On y trouve un parc national, une réserve naturelle et des forêts communautaires. La zone est également vitale pour des milliers de personnes issues des communautés locales et des peuples autochtones qui ont entretenu ces ressources par leurs pratiques traditionnelles et coutumières. De telles connaissances sont, entre autres activités, documentées et promues dans la conservation du paysage par l’organisation Strong Roots.

Ces efforts de conservation, de recherche et de développement durable ont été reconnus par le Partenariat pour les Forêts du Bassin du Congo, (PFBC) facilité par le gouvernement des États Unis d’Amérique (2013-2015) lors de sa 15ème Réunion des Parties en  juin 2015 (Yaoundé, Cameroun). Le thème de la réunion était: “Écosystèmes du Bassin du Congo: capital naturel, producteur de valeur économique et moteur de croissance verte pour le bien-être de ses populations”. Ainsi, le “Prix d’Excellence” de conservation du PFBC a été décerné à Monsieur Dominique Bikaba, en reconnaissance de ses efforts, dont les résultats concrets aux changements positifs pour les écosystèmes du Bassin du Congo. Ce Prix aux ‘leaders du Bassin du Congo pour le changement’ est en effet reconnu à Strong Roots et ses membres pour leur record solide de travail avec des résultats concrets pour la durabilité des écosystèmes du Bassin du Congo.

À cette même occasion, le Réseau des Aires Protégées d’Afrique Centrale (RAPAC) a reconnu les efforts du Conservateur et Directeur du Site du Parc National de Kahuzi-Biega (PNKB), Monsieur Radar Nishuli, pour la promotion de la “conservation communautaire” dans ce Site du patrimoine mondial de l’UNESCO. Le PNKB est un site pilote en RDC où les communautés riveraines sont impliquées dans le processus de conservation du parc.

Nos remerciements s’adressent à plusieurs personnes et organisations partenaires qui accompagnent Strong Roots dans son travail, et particulièrement à Charlene Jendry, Margaret Johnson, Betty Merner, Michael Simsik, Giacomo Rambaldi et Matthew Cassetta.