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Alerte: La communauté Ekuri s’oppose à l’abattage illégal de sa forêt coutumière au Nigéria

Manifestations de la communauté à Ekuri. Photo: via National Accord Newspaper

La communauté des villages Old et New Ekuri de l’État du Cross River au Nigéria résiste à l’abattage illégal de sa forêt, qui faciliterait un projet d’autoroute. Le Consortium APAC soutient la communauté Ekuri et appelle à l’arrêt immédiat de l’abattage illégal et de la violation des droits de la communauté, notamment son droit à un consentement libre, informé et préalable, ainsi qu’à l’arrêt immédiat de la remise en cause continue de ses efforts de longue date pour conserver sa forêt

Contexte général

La forêt communautaire d’Ekuri (33 600 ha), dans l’État de Cross River au Nigéria, est conservée et gérée par les villages Old et New Ekuri, qui se sont unis pour résister aux menaces d’abattage et de destruction de leur forêt. En 1992, l’initiative communautaire de l’Old Ekuri a été lancée par les chefs de la communauté pour permettre aux Ekuri de gérer leur forêt communautaire. L’objectif de cette initiative était de soutenir le développement communautaire, la conservation, la gestion durable de la forêt et la lutte contre la pauvreté grâce à l’amélioration de l’accès à des modes de vie durables. Grâce à cette initiative, la communauté a pu disposer de voies d’accès pour ses projets de construction de routes locales et pu donc pu se déplacer facilement à travers la forêt. La forêt communautaire Ekuri est dotée d’une faune riche, notamment des chimpanzés, des drills, des singes, des buffles, des céphalophes noirs, des pangolins, des chevrotins, des aigles, des perroquets et des hiboux, entre autres. Tous sont menacés par l’exploitation forestière, la chasse et l’agriculture non durables.

Un arbre autochtone de la forêt communautaire Ekuri. Photo: Chef Edwin Ogar

Les efforts auto-déterminés de la communauté pour conserver et gérer durablement sa forêt ont été reconnus par le PNUD avec le Prix Equateur en 2004. La forêt est ensuite devenue un site pilote du programme REDD+ des Nations Unies pour la conservation de leur forêt. Ces efforts ont également été reconnus comme l’une des meilleures pratiques de conservation des forêts communautaires au Nigéria. Cette initiative devrait certainement être imitée par d’autres initiatives de conservation de par le monde.

En 2015, les autorités de l’État de Cross River ont annoncé leur intention de construire une superautoroute à six voies, sur une distance de 260 kilomètres, pour rallier un port de la capitale, Calabar, à l’État voisin de Benue dans le centre du Nigéria. Depuis 2016, les menaces de destruction de la forêt tropicale emblématique de la communauté Ekuri pour le développement d’une autoroute se multiplient. Et ce, malgré les efforts de la communauté pour conserver sa forêt à travers des initiatives remontant aux années 1990. La même année, la communauté a organisé des manifestations pour s’opposer à la destruction de sa forêt pour la construction de l’autoroute.

En mars 2016, le peuple Ekuri a organisé une marche de contestation à Old Ekuri, un village entouré sur plusieurs kilomètres par sa vaste forêt riche en diversité. Photo: via l’Initiative Ekuri

Selon la propposition, la construction de l’autoroute s’accompagnerait d’une destruction de la forêt sur 10 kilomètres de part et d’autre de la route. La communauté a adressé une pétition (lettre ouverte) à l’État pour rappeler la révocation des droits d’occupation des terres pour leur utilisation à des fins publiques suite à un avis daté du 13 janvier 2016 publié dans les Chroniques de la Semaine. Dans la pétition, la communauté a demandé la révocation de l’ordre pour :

  • La protection contre la perte de leur culture dans le cadre de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.
  • La protection contre la privation de terres, qui risque de se produire avec l’extension de 20 kilomètres autour de la route, ce qui va à l’encontre des droits humains fondamentaux inscrits dans la Constitution de la République fédérale du Nigéria et d’autres lois internationales.
  • La reconnaissance des efforts de longue date de la communauté en matière de conservation et de gestion de la forêt communautaire pour sa riche biodiversité et ses services écosystémiques pour le développement et le monde entier.
  • La protection de la forêt pour ses capacités de séquestration du carbone et pour son importance pour que le Nigéria puisse respecter l’accord de Paris et à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.
  • La protection des droits sociaux, économiques et culturels de la communauté qui dépend de la forêt pour sa subsistance alimentaire, ses revenus économiques et ses pratiques culturelles.

Par l’intermédiaire de ses leaders, la communauté a conseillé de construire la route directement au nord de la communauté plutôt que de la faire passer par sa forêt.

POUR EN SAVOIR PLUS : « Soutien à la lutte menée par l’initiative Ekuri, membre du Consortium, pour empêcher la destruction de la forêt communautaire… » (article en anglais) (2016)

Le gouverneur de l’État de Cross River et la commission forestière n’ont pas répondu aux pétitions envoyées par la communauté. Les efforts de la communauté locale pour organiser des manifestations et faire pression sur les décideurs n’ont pas eu plus de succès. Depuis 2019, l’abattage illégal au sein de la forêt communautaire a continué et s’est même intensifié. Cela a déclenché de nouvelles vagues de protestations et d’évènements au sein de la communauté Ekuri.

Contexte actuel

Le 4 mai 2021, 24 chefs et sages de la communauté Ekuri ont écrit une lettre (lire la lettre en anglais) au Président Bohari, lui demandant d’intervenir et de mettre fin aux baux illégaux accordés aux entreprises Sibawood et Agriculture Nigéria pour l’exploitation du bois dans la forêt communautaire. La pétition a attiré l’attention des médias internationaux mais le Président n’a toujours pas répondu. La communauté a également écrit de nombreuses autres lettres de protestation contre l’exploitation de sa précieuse forêt (lettres en anglais).

La forêt communautaire Ekuri. Photo: Linus Unah

Récemment, la communauté Ekuri a été rejointe par les communautés voisines et a organisé de nouvelles manifestations pour dénoncer l’exploitation illégale du bois dans la forêt communautaire. Comme cela est le cas pour beaucoup de Peuples Autochtones, la communauté Ekuri et ses voisins ont été criminalisés (sous prétexte de banditisme forestier) pour le simple fait d’avoir demander la protection de leurs droits fondamentaux.

En soutien à la communauté Ekuri et au nom de tous nos Membres, le Consortium APAC appelle les gouvernements du Nigéria et de l’État de Cross River à :

  • Mettre fin immédiatement aux menaces et à la destruction de la forêt de la communauté Ekuri, lauréate de plusieurs prix, du fait des projets d’exploitation forestière et d’infrastructures non durables, car l’identité, la culture et les moyens de subsistance de la communauté dépendent de cette forêt.
  • Révoquer les concessions forestières accordées à l’entreprise Sibawood et éliminer les incitations perverses à l’abattage illégal et aux grands projets d’infrastructures, qui menacent non seulement la communauté Ekuri mais aussi le patrimoine naturel et culturel ainsi que l’avenir du Nigéria dans son ensemble.
  • Respecter, protéger et garantir les droits des Peuples Autochtones Ekuri à leurs terres, ressources et pratiques culturelles coutumières, comme l’exige le droit international en matière de droits humains et environnementaux, notamment la Déclaration des Nations Unies sur les droits des Peuples Autochtones et la Convention des Nations Unies sur la Diversité Biologique, entre autres.
  • Respecter le droit de la communauté Ekuri à donner ou refuser son consentement libre, informé et préalable à toute activité qui la concerne, conformément à ses systèmes de gouvernance et de prise de décision auto-déterminés.
  • En tant que membre de la High Ambition Coalition for Nature and People, travailler en étroite collaboration avec la communauté Ekuri et d’autres Peuples Autochtones et communautés locales pour examiner et réviser les cadres politiques, légaux et institutionnels afin de permettre une reconnaissance et un soutien appropriés de leurs contributions à la conservation efficace et équitable de la biodiversité, dans le cadre de la contribution du Nigéria au cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020.

Dernières nouvelles concernant le soutien : Grâce à la mise en réseau et au soutien technique du Consortium APAC, la communauté Ekuri a obtenu un soutien financier de la part du fonds des Défenseurs africains de l’environnement pour  couvrir ses besoins urgents (une initiative de Natural Justice en collaboration avec International Land Coalition, le Consortium APAC et la Coalition des activistes africains pour la justice climatique : voir ici pour candidater à la bourse) ainsi qu’un soutien financier pour couvrir ses besoins juridiques et de plaidoyer grâce au mécanisme de réponse stratégique du groupe Droits et Ressources.

Traduction : Mathilde Craker et Gaëlle Le Gauyer