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Une APAC authentique en Casamance – l’histoire de Kawawana

APAC emblématique

La communauté rurale de Mangagoulack, dans la région de Casamance, au Sénégal, est une zone relativement isolée, habitée presque exclusivement par des personnes djola. Si elle est toujours en marge du «développement» (en 2009, il y manquait une route goudronnée et de nombreux foyers n’avaient pas encore l’électricité), elle est par contre vibrante par la richesse de sa culture locale. Les Djola s’investissent beaucoup dans les liens familiaux et communautaires. C’est une société égalitaire et profondément démocratique (ils n’ont pas de «chef», les décisions sont prises par les assemblées villageoises et les femmes sont respectées et puissantes). Les gens adhèrent à une religion ou une autre, comme l’islam ou le christianisme, mais tout le monde maintient les cérémonies et pratiques traditionnelles (par ex. les rites de passage communaux, la collaboration dans le travail agricole, l’attachement aux produits locaux) et respectent les fétiches omniprésents qui sont les symboles d’une perception sophistiquée des liens entre les mondes visibles et invisibles. Dans l’ensemble, la solidarité communautaire et ethnique se trouve être exceptionnellement dynamique et puissante.

Veuillez regarder cette vidéo illustrant cette histoire inspirante! En Français sous-titré anglais.

Répondant à la dégradation de leur environnement côtier, de moins en moins productif à cause de la pêche irréfléchie et non-sélective et de l’extraction des ressources par des personnes non-originaires de la région, les pêcheurs des huit villages de la communauté rurale ont décidé de créer une association. Leur association a commencé par être active dans le reboisement des mangroves et d’autres petites initiatives locales mais, après quelques années, elle était prête à augmenter ses ambitions. C’est à ce moment-là que le Consortium APAC et le GEF SGP ont fourni un soutien opportun pour qu’ils puissent s’informer sur les options et planifier ensemble la création et la mise en marche d’une Aire du Patrimoine Communautaire (APAC, ou ICCA en anglais) couvrant près de 10 000 hectares de terre et d’eau dans leur écosystème de mangrove de rivière extrêmement productif. Les pêcheurs ont décidé d’appeler leur aire conservée Kawawana – une abréviation Djola pour la phrase: « notre patrimoine ancestral que nous souhaitons tous conserver ».

L’établissement d’une véritable APAC locale a été une nouvelle expérience au Sénégal. Le pays regorgeait d’initiatives qui se définissaient comme « basées sur la communauté », mais avaient été conçues et mises en œuvre par des ONG et étaient « dirigées » par des fonctionnaires gouvernementaux nommés pour cette tâche. À Mangagoulack, cela allait être différent, et l’association des pêcheurs a décidé de tenter sa chance avec la loi nationale sur la décentralisation, qui confie la gestion des ressources naturelles à la municipalité rurale. GEF SGP a financé des réunions locales et des conseils techniques auprès d’une petite équipe d’experts interdisciplinaires. Avec l’aide de cette équipe, l’association des pêcheurs a revu et redécouvert les pratiques traditionnelles locales, qui comprenaient des « zones sacrées » où vivaient des « génies dangereux » et où aucune pêche n’était autorisée. Sur la base de ces résultats et d’autres résultats de leur analyse de la situation, l’association a ensuite été aidée pour élaborer un plan de zonage et de gestion de base pour leur APAC. Le plan comprend une zone où il est interdit d’entrer (où les génies vivaient toujours et où les pêcheurs espéraient que les ressources pourraient se reproduire), ainsi qu’une zone où seuls les résidents locaux pouvaient pêcher ou collecter des ressources (pour la consommation locale et le marché local uniquement). Ils ont également identifié une troisième zone, où les règlements nationaux devaient être strictement appliqués, et aucun bateau moteur autorisé. L’association a également conçu une structure de gouvernance globale pour la nouvelle APAC, combinant des éléments traditionnels (par exemple, ritualisation des frontières de l’APAC par des fétiches mis en place par des femmes âgées respectées, un conseil de « personnes sages » pour aider à résoudre les conflits; autant que possible par consensus) avec des éléments propres à l’État moderne (par exemple, approbation officielle de l’APAC par le Conseil de la municipalité rurale, par le Conseil régional et par le Gouverneur de Casamance, démarcation et application en étroite collaboration avec la pêche publique agence, etc.). Enfin, ils ont mis en place un plan de suivi, pour suivre au fil du temps les résultats de leurs travaux (et ils sont certains que les résultats – au moins en termes de récupération des pêcheries locales – peuvent prendre des années à apparaître).

Après plusieurs luttes, la communauté de Kawawana a obtenu l’établissement officiel de son APAC, formellement, reconnu par le Conseil Régional et le Gouverneur de Casamance. Il est maintenant devenu un exemple pour le Sénégal et est l’un des fondateurs de l’association KABEKA, qui travaillera à la reconnaissance de l’APAC à travers le Sénégal.

 

Pour en savoir plus sur Kawawana, veuillez lire leur rapport “Kawawana en marche!”. Rapport pour l’Association des Pêcheurs de la Communauté Rurale de Mangagoulack, CENESTA, le PNUD/FEM/SGP et la FIBA (2009)stories-senegal-kawawana-book-2013-fr

Veuillez trouver également les Annexes de «Kawawana en marche !»,

Vous pourrez trouver ici le livre “il était une fois Kawawana” (2013).

Vous trouverez ici une présentation power-point, nommée Aire du Patrimoine Communautaire de Mangagoulack – Casamance (Sénégal), Juin 2012.

Veuillez lire ce document pour des conseils méthodologiques pour promouvoir et soutenir un processus de prise de conscience d’existence d’une APAC, tel que celui qui a été à l’origine de la naissance de Kawawana

Visitez le site internet de Kawawana ici!