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APAC au Sénégal: brève mais intense mission d’interaction et d’appui vers un réseau national d’APAC au Sénégal

Par: Salatou Sambou, Coordonnateur du Consortium APAC pour les zones marines côtières en Afrique de l’Ouest,

Depuis la reconnaissance légale de Kawawana, l’APAC pionnière de Casamance, il y a 5 ans, j’ai reçu un bon nombre de demandes d’appui d’autres communautés de Casamance désireuses de suivre un chemin similaire.  J’ai aussi pensé que – dès que je pouvais en avoir l’occasion –il serait aussi bien de rencontrer des communautés du Centre et du Nord du Sénégal qui se retrouvent dans des conditions similaires à celles de notre communauté avant la mise en place de notre APAC.  Dans cet esprit, je suis heureux d’avoir eu l’appui du Consortium pour réaliser une mission d’interaction et d’appui envers plusieurs communautés au Centre et au Nord du Sénégal, dans le delta de Saloum et dans la région de Saint Louis, aux alentours de la cuvette de N’Diael  et du parc national du Djoudj. C’est justement là que des communautés, en réponse à de réels problèmes et sensibles aux résultats de Kawawana, ont lancé des rencontres d’information et de discussion entre acteurs et intervenants et se sont engagées dans un processus de mise en place d’aires du patrimoine communautaire dans leur terroir.

Le problème principal relevé par les communautés de Sokone, Ndiael et Djoudj que j’ai visitées est la raréfaction des ressources halieutiques dans les territoires locaux de pêche.  On pense que cela est une conséquence de l’exploitation excessive opérée par des résidents et des non-résidents, mais il est aussi possible que cela soit lié à d’autres facteurs que nous ne comprenons pas bien, tels que le changement climatique, la présence d’espèces invasives, la pollution, etc.  Il est sûr, cependant, que l’exploitation sans contrôle et sans respect des règles compromet la régénération du poisson et s’ajoute à d’autres problèmes, comme l’accaparement des terres au N’Diael et les effets néfastes du barrage de Diama qui a favorisé le développement du typha, espèce envahissante qui couvre déjà des milliers d’hectares au Djoudj. Face à cela, les communautés sont quand même prêtes à s’engager de manière  participative et bénévole dans le développement de leurs propres APAC pour sauvegarder et, si possible, restaurer leurs ressources naturelles.

Groupe de pêcheurs dans le débarcadère du village de Mayel. © S. Sambou

Il est intéressant de noter que, suivant la tradition, du troc entre poissons, légumes et lait de vache ou chèvre se fait entre les communautés. Il y a donc une interdépendance forte entre pêcheurs, éleveurs et agriculteurs, et la réussite des uns bénéfices à tout le monde. Conscientes de la surexploitation faite par les pêcheurs qui viennent de tous horizons et de l’exode rural qui les frappe fortement, des communautés tentent ainsi de conserver certains sites naturels dans leurs territoires tout en cherchant à garantir leur souveraineté alimentaire mais aussi un développement durable de leur région

Par exemple, au N’Diael, des ilots dans la cuvette inondée constituent le cœur d’une APAC potentielle. Ils portent de nombreux rôles pour les communautés alentours. Citons les pêches collectives de subsistance ou commerciale saisonnières, la réserve d’herbe fraîche pour les éleveurs locaux ou transhumants en saison sèche, l’exploitation des rhizomes de Cyperus maritimus ou Gové, exploité pour la fabrication de l’encens traditionnel bien prisé par les dames des grandes villes du Sénégal. Ces ilots sont aussi des lieux de sécurité face au voleur de bétail, des outils de gestion des conflits entre éleveurs et agriculteurs et ils font l’objet encore aujourd’hui de pratiques ancestrales favorisant leur conservation.

Par le biais de ma mission, une interaction ouverte et fructueuse a pu s’établir entre les communautés de Sokone, Ndiael et Djoudj avec le Consortium APAC, et ces communautés ont pu faire quelques premiers pas vers la définition de leurs APAC. Avec d’avantage d’appui technique et financier, je suis confiant qu’elles réussiront à mieux s’organiser, à définir les règles d’exploitation durable des ressources de leurs îles et des autres espaces de leurs patrimoines communautaires qu’elles souhaitent préserver, à mettre en marche des organes de gouvernance basés sur les acquis du passé, et à mieux gérer les conflits. Elles pourraient aussi espérer d’obtenir la reconnaissance légale de leurs capacités à conserver la nature et gagner leur combat contre l’accès libre aux ressources naturelles qui mine tant les efforts de conservation de l’état comme ceux des communautés locales elles-mêmes.