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Kenya : Des communautés autochtones et forestières signalent des expulsions illégales de leurs terres ancestrales pendant la pandémie de la COVID-19

Adaptée de la déclaration de Community Land Action Now et d’autres sources par Holly Jonas, Coordinatrice Internationale du Consortium APAC.

Le Consortium APAC se joint à plus de 150 autres organisations pour signer une déclaration de solidarité condamnant l’expulsion forcée par le gouvernement kenyan des familles Ogiek et Sengwer de leurs maisons et de leurs terres ancestrales au nom de la conservation.

Alors que le froid règne au milieu de l’année au Kenya et que les températures chutent dans les territoires d’altitude des Peuples Autochtones et des communautés vivant dans les forêts, la COVID-19 se répand dans ce pays d’Afrique de l’Est. Mais au lieu de pouvoir s’abriter en toute sécurité dans leurs maisons, des centaines de familles ont été expulsées de leurs terres ancestrales alors que leurs maisons et fermes ont été détruites par leur propre gouvernement au début du mois de juillet 2020.

Le Service forestier du Kenya (Kenya Forest Service – KFS) aurait démoli plus de 300 maisons Ogiek et détruit des clôtures, des fermes et du bétail dans la forêt de Mau. Des enfants et d’autres membres vulnérables de la communauté se sont retrouvés sans abri en pleine pandémie.

 

Dans la forêt d’Embobut, dans les collines de Cherangany, le KFS aurait brûlé 28 maisons Sengwer le 10 juillet, y compris leurs couvertures, ustensiles et autres biens essentiels.

POUR EN SAVOIR PLUS : “Press Release: Kenyan authorities burn down 28 homes belonging to indigenous Sengwer community in Embobut Forest” par l’organisation communautaire Sengwer d’Embobut et le Forest Peoples Programme (en anglais)

Dans les deux cas, le gouvernement kenyan a fait valoir que les expulsions sont nécessaires pour conserver les forêts de Mau et d’Embobut, qui sont de grandes forêts à canopée fermée et d’importants bassins versants. Le gouvernement a affirmé à plusieurs reprises que la préservation de cet écosystème est prioritaire par rapport aux revendications territoriales des communautés Ogiek, Sengwer et autres. Cela va à l’encontre d’un nombre croissant de preuves que le respect des droits fonciers est le fondement d’une conservation équitable et durable des forêts.

Dans son jugement de mai 2017, la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples a déclaré que les Ogiek n’étaient pas responsables de l’épuisement de la forêt de Mau, et que la conservation de la forêt ne pouvait pas être utilisée pour justifier l’expulsion des Ogiek, ni pour nier leurs droits à pratiquer leurs moyens d’existence traditionnels. La Cour a également statué que le complexe de Mau était bien la terre ancestrale des Ogiek, sur laquelle ils détiennent donc des droits.

« Restaurer les droits fonciers des Ogieks : Une histoire d’unité et de résilience » Réalisé par Jason Taylor/International Land Coalition (2018)

De même, le système de connaissances traditionnelles des Sengwer – désormais articulé dans des règlements écrits – a longtemps préservé leur habitat forestier. Tout comme les Ogiek, cette communauté dépendante de la forêt considère toujours la forêt intacte comme sacro-sainte, même si leur mode de vie a été sapé par des décennies de politique gouvernementale qui ont laissé les forêts vulnérables à l’exploitation illégale, au braconnage et à l’empiètement par des étrangers.

POUR  EN SAVOIR PLUS : “Amid ongoing evictions, Kenya’s Sengwer make plans to save their ancestral forest” par Anthony Langat, 24 septembre 2018, Mongabay (en anglais).

Plusieurs organisations et réseaux ont dénoncé ces violations. Un groupe de huit organisations kenyanes et internationales de défense des droits humains et de conservation a publié une déclaration le 13 juillet 2020 exprimant une profonde inquiétude concernant les expulsions forcées et l’incendie de 28 maisons Sengwer, notamment à la lumière de la déclaration présidentielle d’un moratoire sur les expulsions pendant la pandémie de la COVID-19.

Le Programme de développement des peuples Ogiek (Membre du Consortium APAC) a appelé à exercer une pression internationale sur le gouvernement kenyan pour qu’il mette immédiatement un terme aux expulsions des Peuples Autochtones de leurs terres ancestrales.

Community Land Action Now (CLAN), un réseau de dirigeants communautaires et d’organisations communautaires au Kenya qui comprend plusieurs Membres et Membres d’Honneur du Consortium APAC, a publié une déclaration et tenu une conférence de presse le 23 juillet 2020. Le Consortium APAC s’est joint à plus de 150 autres organisations pour signer cette déclaration.

La déclaration du CLAN demande que le gouvernement du Kenya :

  1. « Cesse d’expulser les peuples forestiers traditionnels, écoute les sacrifices qu’ils sont seuls à vouloir et à pouvoir faire pour sauver leurs forêts pour eux-mêmes et pour tous les Kenyans, et convienne d’une voie pratique et équitable pour l’avenir avec chaque communauté;
  2. Honore la protection due aux terres communautaires encore sans titre dans tout le pays en cessant de « s’emparer » de nos bois et forêts et de les transformer en forêts publiques; investisse au contraire pour nous aider à les déclarer et à les gérer en tant que forêts communautaires protégées sur nos propres terres communautaires;
  3. Réponde dans un esprit de décentralisation et d’équité aux demandes de restitution des forêts de comté et des réserves fauniques aux communautés coutumières auxquelles elles ont été enlevées;
  4. Reconnaisse que les anciennes stratégies d’octroi d’accès, de droits d’utilisation et de bénéfices sont inutiles tant que nos forêts ne sont pas reconnues comme étant nôtres; et
  5. Fasse respecter l’État de droit ».

 

REGARDEZ: “Kenyan communities report illegal evictions during COVID-19,” une conférence de presse virtuelle organisée par Community Land Action Now le 23 juillet 2020 (en anglais).

Pour plus d’informations, veuillez vous reporter à la couverture médiatique nationale, régionale et mondiale telle que :

Des mises à jour seront ajoutées ici au fur et à mesure que de nouvelles informations seront disponibles.

Image de couverture: Des représentants Sengwer quittent une réunion de négociation en début juillet 2020 après une tentative d’intimidation de la part du commissaire du comté et du représentant du Programme des Nations Unies pour le développement © via Forest Peoples Programme.

Traduction depuis l’anglais: Marie-Line Sarrazin.