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Les gardiens communautaires de trois APAC du Bénin décident de s’enregistrer au niveau international

Par Fataï Aina, d’AMAF-Bénin, Membre du Consortium APAC.

AMAF-Bénin (membre du Consortium APAC) a organisé plusieurs ateliers de dialogues communautaires et d’évaluation par les pairs, au cours desquels les gardiens des APAC de Bamezoun, Orozoun et Têdozoun ont décidé de les enregistrer au Registre mondial des APAC et dans la Base de données Mondiale sur les Aires Protégées (WDPA).

Les 21, 22 et 23 Juillet 2020, les Communes d’Allada, d’Adjarra et des Aguégués ont accueilli les ateliers de dialogues communautaires et d’évaluation par les pairs pour l’approbation de l’enregistrement des APAC Bamezoun, Orozoun et Têdozoun dans le Registre mondial des APAC et dans la Base de données Mondiale sur les Aires Protégées (WDPA).

Ces activités constituent une forte contribution à l’initiative d’Intégration des Forêts Sacrées dans le Système des Aires Protégées (PIFSAP) initiée par le Gouvernement du Bénin et le PNUD, et s’inscrivent dans le cadre de la mise en œuvre du projet « Renforcement de la Gouvernance et de Gestion Durable des Aires Communautaires Bamèzoun, Orozoun et Têdozoun au Sud du Bénin », piloté par l’ONG Amis de l’Afrique Francophone – Bénin (AMAF-BENIN) avec le soutien technique et financier du Programme de Microfinancement du Fonds pour l’Environnement Mondial (PMF-FEM) et de Lush Cosmetics Inc./ Lush Charity Pot, dans le cadre de l’initiative mondiale de soutien aux APAC (APAC-GSI).

L’objectif de ces dialogues communautaires est de promouvoir la reconnaissance et la protection durable des ressources biologiques et culturelles des APAC Bamezoun, Orozoun et Tedozoun et renforcer leur contribution à la conservation et au maintien des moyens de subsistance pour les Peuples Autochtones et les communautés locales « Alladahonou, Nago et Wémènou » du Bénin.

Les difficultés rencontrées par les APAC au Bénin

Au Bénin en général et dans les zones rurales en particulier, les APAC sont dans un état de dégradation très inquiétant du fait de la pratique agricole et de l’urbanisation qui menace sérieusement la pérennité des ressources biologiques. Bien qu’elles soient des lieux de conservation de la diversité biologique par excellence, la pression anthropique qui repose sur les APAC est de plus en plus forte. Dans ces APAC, le pouvoir des chefs traditionnels et des prêtres du vodoun ont considérablement baissé de sorte que les APAC sont, depuis quelques années, soumises à l’exploitation anarchique et à d’autres facteurs de destruction.

C’est dans ce cadre que l’ONG Amis de l’Afrique Francophone – Bénin (AMAF-BENIN), qui s’investit dans la promotion des APAC, a bénéficié de l’appui du PMF/FEM et de Lush Cosmetic Inc. pour accompagner les APAC, développer d’autres moyens de protection des forêts sacrées (APAC) et renforcer les approches traditionnelles afin de sauvegarder et de restaurer leur potentiel en biodiversité.

Un pair partage son opinion sur la volonté des communautés à enregistrer l’APAC Orozoun dans le registre mondial des APAC et dans la WDPA © AMAF-Bénin.

L’importance et les avantages de l’enregistrement des APAC

L’enregistrement des APAC Bamezoun, Orozoun et Têdozoun dans la Base de données Mondiale sur les Aires protégées sera bénéfique non seulement pour les communautés gardiennes des APAC, mais aussi pour les populations des Communes des Aguégués, d’Adjarra et d’Allada, voir l’ensemble des populations du Bénin.

En effet, les APAC de Bamezoun, Orozoun et Têdozoun sont très importantes en tant que refuges dans les paysages productifs pour de nombreuses espèces, dont certaines offrent des avantages significatifs aux terres productives environnantes, telles que les insectes pollinisateurs, les oiseaux et les espèces végétales utilisées pour les clôtures végétales et les haies.

Elles fonctionnent comme des pépinières in situ et des réservoirs génétiques. Certaines espèces de flore trouvées sur ou à proximité des APAC comprennent des espèces vulnérables et menacées.

Elles sont aussi des lieux de conservation des valeurs culturelles pour les communautés et des paysages ayant été gérés avec soin pendant des dizaines, voire des centaines d’années.

Enfin, ces APAC génèrent d’autres avantages écologiques et socio-économiques qui vont au-delà des zones immédiatement conservées. Il s’agit notamment de la protection des sources d’eau, des barrières contre l’érosion des sols, de séquestration du carbone, de potentiels d’écotourisme et d’importantes valeurs spirituelles et religieuses.

Des dialogues communautaires pour échanger au sujet de l’enregistrement des APAC

Après avoir recueilli le consentement des peuples et des communautés, et sur la base du processus défini par le Consortium APAC et de l’UNEP-WCMC, AMAF-BENIN a invité les acteurs du secteur de conservation de la biodiversité et de l’environnement (Organisations de la société civile, y compris les organisations Membres du Consortium APAC au Bénin, l’administration forestière du Bénin, les représentants des Communes, le réseau national des APAC au Bénin, etc.), composant les pairs pour l’évaluation et l’approbation des trois APAC préalablement à leur enregistrement dans la Base de données Mondiale sur les Aires Protégées (WDPA).

Au sein de chaque APAC, la parole a été accordée à chaque acteur présent, pour partager leur opinion sur cette volonté des communautés à enregistrer leurs APAC dans le registre mondial des APAC et dans la Base de données Mondiale sur les Aires Protégées.

Pour l’ensemble des pairs, ces décisions sont meilleures pour protéger et promouvoir les valeurs biologiques et culturelles des APAC. Ces ateliers ont également été l’opportunité de partager l’histoire de chacune des APAC.

Chaque atelier a été sanctionné par un procès-verbal d’approbation signé par l’ensemble des parties prenantes. Il est à préciser que préalablement à ces ateliers, trois actions principales ont été menées à savoir :

  • la structuration des communautés gardiennes des APAC en comités autochtones et locaux de gestion des APAC ;
  • l’obtention des consentements libres, préalables et informés des communautés marqués par des actes datés et signés par les principaux responsables des comités de gestion des APAC ;
  • l’obtention de la reconnaissance officielle des APAC par les autorités Communales, marquée par des arrêtés communaux selon l’arrêté interministériel N° 0121/ MEHU/ MDGLAAT/ DC/ SGM/ DGFRN/ SA fixant les conditions de gestion durable de la forêt sacrée en République du Bénin ; et
  • l’obtention des autorisations formelles des Maires des Communes où se trouvent chaque APAC.

Des résultats encourageants

La réalisation de ces ateliers a permis d’obtenir trois résultats importants :

  • une meilleure connaissance des communautés, des ONG et des autorités locales et administratives sur les ressources des APAC ;
  • le renforcement de la confiance et du pouvoir des communautés à continuer à défendre leurs territoires de vie ;
  • la désignation des APAC Bamezoun, Orozoun et Têdozoun comme des aires communautaires protégées et l’approbation de leur enregistrement dans la Base de données Mondiale sur les Aires Protégées (WDPA).

Les perspectives d’AMAF-Bénin après ces dialogues communautaires

  • La poursuite et la finalisation des procédures d’enregistrement des APAC ;
  • le renforcement des capacités des comités gestionnaires des APAC sur les techniques de gestion des Aires Communautaires Protégées (ACP) ;
  • la sensibilisation des populations sur les nouveaux statuts des APAC Bamezoun, Orozoun et Têdozoun ;
  • la promotion des actions climatiques visant à renforcer les capacitésainsi que la résilience sociale et climatique des communautés autochtones dépendantes des APAC pour les aider à devenir des moteurs de solutions climatiques, en les dotant d’outils, d’éducation et de ressources qui feront que leurs connaissances autochtones conduisent à des solutions climatiques qui fonctionnent pour tous.

Enfin, AMAF-BENIN envisage de poursuivre ces activités au profit d’autres communautés et APAC du Bénin.

Photo de groupe après une réunion communautaire à Adjarra © AMAF-Bénin.

Renforcer la confiance et le pouvoir de gouvernance des Peuples Autochtones et communautés locales

Il ressort des leçons apprises de ces ateliers que l’organisation des séances d’échanges au niveau communautaire sur la situation des APAC constitue une force pour les Peuples Autochtones et les communautés locales et renforce leur confiance et leur pouvoir de gouvernance autochtone et locale.

Les Peuples Autochtones et les communautés locales ont besoin de soutien moral, technique et même scientifique pour mieux protéger et conserver leurs APAC-territoires de vie. Cela les rassure de recevoir des soutiens externes dans leurs combats de défense de leurs territoires de vie.

Il ressort également des leçons apprises que les dialogues entre les communautés autochtones et locales et les acteurs de développement, y compris les autorités locales et administratives, contribuent au renforcement des connaissances autochtones qui à leur tour, contribuent à la lutte contre la dégradation de la biodiversité et les changements climatiques.

Enfin, sur l’ensemble de la procédure d’enregistrement des APAC dans le registre mondial des APAC et dans la Base de données Mondiales sur les Aires protégées, il ressort clairement que les formes appropriées de reconnaissance d’une APAC constituent une force pour la conservation et la gestion durable de la biodiversité, la protection des valeurs traditionnelles et le maintien durable des moyens de subsistance pour les communautés.

L’exemple de Têdozoun

La reconnaissance officielle de l’APAC Tedozoun par un arrêté communal a permis d’éviter de graves menaces de destruction de cette APAC pour une fin d’urbanisation. Une partie de cette APAC a été morcelée et vendue à des tierces personnes. Lorsque les acquéreurs ont constaté des actions de restauration dans cette APAC, ils sont allés brûler la portion de l’APAC qu’ils ont acheté.

Aussitôt informée, AMAF-BENIN a saisi les autorités Communales d’Allada et l’inspection forestière de l’Atlantique. Ces autorités ont interpellé les acquéreurs et ont interdit toutes actions externes sur l’APAC. Elles ont fait savoir que l’APAC Tedozoun est un patrimoine communautaire appartenant à des communautés Alladahonou et officiellement reconnu par un arrêté communal.

Photo de groupe après le dialogue communautaire organisé à Allada © AMAF-Bénin.

 

Pour en savoir plus : Visiter les pages dédiées aux APAC de Bamézoun , Orozoun et Têdozoun sur le site officiel du registre mondial des APAC.

Image de couverture : Partage d’expérience d’une organisation locale sur la gestion communautaire d’une APAC emblématique © AMAF-Bénin.