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Soutenir les pêcheries autochtones et communautaires, les préserver des aires protégées exclusives et de la soi-disant “économie bleue”

Déclaration de solidarité du Consortium APAC à l'occasion de la Journée mondiale de la pêche 2021

Les petits pêcheurs du monde entier se sont réunis et ont fondé un mouvement mondial – le Forum mondial des peuples de pêcheurs – le 21 novembre 1997. Depuis lors, le 21 novembre est célébré comme la Journée mondiale de la pêche. Cette déclaration de solidarité a été préparée en consultation avec plusieurs Membres et Membres d’Honneur du Consortium APAC dont le travail est axé sur la pêche communautaire.


Les Peuples Autochtones et les communautés locales sont les gardiens des océans, des côtes, des rivières et des lacs de la Terre Mère, grâce à leurs cultures, leurs systèmes de gouvernance, leurs connaissances et leurs pratiques diverses et irremplaçables. Pour de nombreux Peuples Autochtones et communautés locales, la pêche fait partie intégrante de leurs systèmes alimentaires, de leur diversité bioculturelle et de leurs territoires de vie aquatiques. Grâce à leurs pêcheries communautaires, ils contribuent de manière significative non seulement à la souveraineté alimentaire locale mais aussi à la sécurité alimentaire mondiale.

L’attention mondiale croissante qui est portée à la pêche à petite échelle est encourageante. Cependant, les distinctions sont insuffisantes entre la pêche à petite échelle en général et les pêcheries autochtones et communautaires en particulier, et des questions qui sont essentielles pour ces dernières, telles que l’autodétermination et l’autonomie, sont souvent négligées. En outre, les droits et le bien-être des pêcheurs et des communautés de pêcheurs côtiers et marins sont considérablement compromis par les nouveaux développements de l’économie maritime, également connue sous le nom d’économie bleue.

De plus, la version actuelle de l’objectif « 30 X 30 » pour les aires protégées et conservées dans le cadre mondial de la biodiversité pour l’après 2020 fait l’objet de vifs débats. Ce type d’objectif de conservation par zones a des implications significatives pour les pêcheries autochtones et communautaires dans sa version actuelle. L’expérience existante suggère que cet objectif pourrait être mis en œuvre d’une façon qui créerait non seulement de plus grandes inégalités et une pression plus élevée sur les ressources marines, mais qui par ailleurs, ne produirait pas les résultats mutuellement souhaités de conservation et de gestion durable.

Ces dernières semaines, les gouvernements et les donateurs du secteur privé ont pris des engagements de plusieurs milliards de dollars en faveur de la conservation de la nature et des questions climatiques, en faisant référence, de manière variable, à l’importance des Peuples Autochtones et des communautés locales. Il est urgent d’examiner et d’évaluer de manière critique les mécanismes de financement existants (par lesquels une infime partie des fonds va aux Peuples Autochtones et aux communautés locales) et d’élaborer différentes approches pour partager et redistribuer le pouvoir et la richesse. Comme nous l’avons indiqué dans notre rapport 2021 sur les territoires de vie, le financement fondé sur les droits humains pourrait être un levier essentiel pour la mise en œuvre équitable et efficace des engagements mondiaux, notamment en matière de biodiversité, de climat et de développement durable. Il reste encore beaucoup à faire pour que ces efforts soient définis, dirigés et guidés par les Peuples Autochtones, les communautés locales et leurs organisations, et qu’ils soient ancrés dans des mouvements sociaux plus larges en faveur du changement systémique.

Dans ce contexte, les décideurs politiques mondiaux et nationaux et les autres parties prenantes doivent faire davantage pour soutenir les Peuples Autochtones et les communautés locales vivant sur les côtes et/ou de la pêche, dans leurs actions pour sécuriser leurs territoires et aires collectives ainsi que leur accès aux ressources halieutiques, pour renforcer leurs systèmes de gouvernance autodéterminés et maintenir leurs cultures et leurs modes de vie selon leurs propres conditions. Cela requiert des réformes importantes des systèmes politiques et juridiques nationaux et des systèmes financiers et économiques internationaux.

Nous exhortons les gouvernements, les bailleurs de fonds, les ONG et les autres acteurs à s’acquitter de leurs responsabilités envers les Peuples Autochtones et les communautés de pêcheurs et communautés côtières locales à travers les actions suivantes :

  • reconnaître et faire respecter les droits des Peuples Autochtones et des communautés de pêcheurs à l’autodétermination et à l’autogouvernance de leurs eaux, de leurs pêches et de leurs territoires de vie et soutenir leurs processus d’autodéclaration et de reconnaissance mutuelle ;
  • soutenir et permettre aux Peuples Autochtones, aux communautés locales et aux usagers traditionnels des ressources (y compris les femmes et les jeunes) de sécuriser leur accès à des droits de propriété, d’occupation, d’accès et d’utilisation des ressources, comme l’exigent les instruments internationaux existants, tels que les Directives volontaires de la FAO sur les régimes fonciers et la pêche artisanale, et l’Objectif de développement durable numéro 14 ;
  • respecter le droit de tous les peuples, y compris les Peuples Autochtones au titre de la DNUDPA, de donner ou de refuser leur consentement libre, préalable et éclairé pour toute activité susceptible de les affecter (y compris les aires protégées, la pêche industrielle et les infrastructures physiques), et faire en sorte que ces droits et d’autres droits procéduraux soient respectés dans la pratique ;
  • valoriser les systèmes de connaissances autochtones, locaux et féminins parallèlement à d’autres sources de connaissances scientifiques et techniques dans la prise de décision et la gouvernance des biens communs aquatiques et de la pêche ;
  • identifier et mettre fin aux activités qui constituent les principaux moteurs de la perte de biodiversité aquatique et du dérèglement climatique, ainsi que les menaces spécifiques qui pèsent sur la vie et les moyens de subsistance des communautés qui assurent la subsistance et la défense de notre planète ;
  • entreprendre un processus diligent et raisonnable, incluant la prise en compte du consentement libre, préalable et éclairé, pour éviter tout chevauchement ou tout autre effet négatif sur les Peuples Autochtones et les communautés locales et leurs territoires de vie, avant de financer ou d’entreprendre des actions visant à établir de nouvelles aires protégées ou conservées ou à étendre celles déjà existantes ;
  • financer et renforcer de manière adéquate les institutions chargées de la gouvernance environnementale (notamment de la réglementation des industries extractives, de la pollution et des infrastructures et le soutien aux aires protégées) et des droits humains (notamment des droits spécifiques des Peuples Autochtones) aux niveaux national et infranational ;
  • soutenir le développement de mécanismes flexibles pour les Peuples Autochtones et les communautés locales qui assurent la pérennité de leurs territoires coutumiers et de leurs pêcheries communautaires, afin qu’ils puissent accéder à des aides politiques, techniques, financières et autres, conformément aux priorités qu’ils se sont fixées ;
  • contribuer et coopérer avec les mécanismes de transparence et de responsabilité des détenteurs d’obligations, tels que les protocoles, les codes de conduite et les exigences de financement fondées sur les droits.

Traduction : Ulrich Douo et Gaëlle Le Gauyer.