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Le temps est venu de #BriserLesPréjugés contre les femmes qui protègent les territoires de vie.

Des femmes sengwer délibérant sur leurs droits fonciers communautaires suite à des expulsions en 2017. Crédit : Poppy Korner, Forest Peoples Programme.

Réflexion sur la commémoration de la Journée internationale des droits des femmes 2022

Par Milka Chepkorir
Coordinatrice, Défendre les Territoires de Vie, Consortium APAC

Alors que le monde entier célèbre la Journée internationale des droits des femmes, les Membres et les Membres d’Honneur du Consortium APAC célèbrent et sont solidaires des femmes exceptionnelles des Peuples Autochtones et des communautés locales qui se consacrent à la défense de leurs droits aux terres, aux eaux et aux territoires de vie.

Selon le rapport annuel 2021 de Global Witness sur les défenseurs des terres et de l’environnement, bien que les hommes attaqués pour avoir défendu leurs territoires soient plus nombreux que les femmes, les femmes qui agissent et s’expriment sont également confrontées à des formes de violence spécifiques liées au genre, notamment des violences sexuelles. Les femmes doivent souvent relever un double défi : la lutte publique pour protéger leurs terres contre les menaces extérieures et la lutte moins visible pour défendre leurs droits au sein de leur communauté et de leur famille.

Deux ans après le début de la pandémie de COVID-19, la violence à l’égard des femmes a augmenté et constitue désormais une crise mondiale aggravée. Conséquence de la dépossession croissante des communautés de leurs terres et de leurs ressources, on constate que les femmes et les enfants souffrent encore plus parce qu’ils n’ont pas accès à ces ressources, notamment à l’eau potable nécessaire à leurs tâches genrées.

Les femmes défendent leurs droits parce que leur rôle dans la société dépend des ressources naturelles, qu’elles ont besoin de la reconnaissance de ces droits pour se maintenir sur un pied d’égalité et exercer un pouvoir égal en tant que membres de la communauté et, surtout, qu’elles sont importantes pour l’instauration d’une société saine.

Les menaces extérieures qui pèsent sur les territoires et les communautés ont tendance à toucher les femmes et les filles de manière disproportionnée. Les dynamiques internes et les normes de genre peuvent priver davantage les femmes de leurs droits dans les processus décisionnels, et les attaques se multiplient contre les femmes autochtones qui défendent leurs territoires, en particulier contre les industries nuisibles. Par exemple, Josefina Tunki, présidente du peuple Shuar Arutam (Membre du Consortium APAC en Équateur), a reçu des menaces et été victime de discrimination pour avoir défendu les droits de sa communauté et de son territoire.

Le soutien et la solidarité doivent s’étendre à toutes les femmes qui, en dépit de tous les obstacles et avec une grande résilience, continuent de lutter pour les droits des femmes et de leurs communautés et pour l’avenir de notre planète et de l’humanité. Nous nous souvenons solennellement et nous nous tenons fermement aux côtés des femmes qui ont perdu la vie et des êtres chers aux mains d’agresseurs brutaux alors qu’elles défendaient leurs droits individuels et collectifs, ainsi que leurs communautés et territoires et la planète. C’est un prix trop élevé à payer et il ne peut être ignoré, toléré ou oublié. Nous nous souvenons également et reconnaissons toutes celles et ceux qui souffrent de traumatismes émotionnels et psychosociaux suite à des traitements discriminatoires et des préjugés.

Bien que les femmes revendiquent l’égalité de traitement en tant qu’êtres humains, dans la pratique, ces demandes ne sont pas souvent prises en compte ou concrétisées. Par exemple, de nombreuses femmes du Sud sont victimes de discriminations au sein de leurs communautés et dans les systèmes externes créés par le patriarcat.

De nombreuses femmes dirigeantes et militantes dans le monde ont dû, par nécessité, faire preuve de courage et prendre la parole pour protéger leurs droits fondamentaux, leurs terres et leurs territoires de vie. Cependant, il existe des signes d’espoir et de changement. Certaines femmes ont brisé la norme culturelle qui veut qu’elles restent à la maison pour occuper des postes de direction au sein de la communauté et participer à des séances de prise de décision et mener des délibérations en vue du bien commun de leurs communautés, territoires et ressources.

Des plateformes et un soutien internationaux existent depuis des années, avec comme conséquence des changements dans la manière d’aborder les violations historiques des droits des femmes. La Commission de la condition de la femme des Nations unies se consacre au suivi des objectifs nationaux pour la réalisation des droits des femmes. En 2021, la Commission a adopté des conclusions concertées sur la participation pleine et effective des femmes et la prise de décision dans la vie publique, ainsi que sur l’élimination de la violence, afin de parvenir à l’égalité des genres et à l’autonomisation de toutes les femmes et filles. D’autres plateformes ont été créées par de grandes initiatives de femmes et de la société civile pour assurer le suivi de la protection de la biodiversité à travers la Convention des Nations unies sur la diversité biologique, avec un accent sur la prise en compte de la dimension de genre dans le cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020. Par exemple, Women4Biodiversity (dont la directrice, Mrinalini Rai, est Membre d’Honneur du Consortium APAC) souhaite suivre l’implication des femmes dans la conservation de la biodiversité et l’impact de sa perte sur les femmes.

Malgré les nombreux défis et les violations continues des droits des femmes et de leur vie par le biais de traumatismes, d’abus sexuels et physiques et de discriminations, de nombreuses femmes se manifestent encore de diverses manières pour défendre leurs territoires pour le bien de leurs enfants et des générations futures. Les femmes participent également à des échanges pour se redonner de l’énergie, s’offrir un soutien psychologique, renforcer la résistance aux mauvaises pratiques, et défendre la solidarité et le changement transformateur.

Traduction : Ulrich Douo.