First published on 08/14/2026

Rapport annuel 2025 du Consortium APAC
Une année de droits, de résilience et de soins collectifs
Un bilan des actions régionales et mondiales de 2025, des jalons stratégiques et de la conservation menée par les communautés à travers les APAC – territoires de vie
Par le Consortium APAC
Le rapport annuel 2025 du Consortium APAC marque le 15e anniversaire de l’association, une année marquée par un solide réseau de solidarité face aux pressions croissantes exercées sur les Peuples Autochtones et les communautés locales. Dans toutes les régions, les communautés et les réseaux ont renforcé la gouvernance autodéterminée, fait progresser la reconnaissance des APAC – territoires de vie, et défendu leurs droits sur les scènes nationales et internationales. Le rapport retrace les progrès et les défis à travers les quatre buts stratégiques : le renforcement autonome, la reconnaissance et les droits, l’influence externe et le renforcement organisationnel. Il donne également un aperçu de l’orientation que le Consortium doit prendre en 2026 pour poursuivre ce travail essentiel.
Performances et faits marquants à l’échelle mondiale
L’année 2025 a exigé un engagement soutenu dans les enceintes internationales où se prennent les décisions concernant les territoires et les communautés, où les racines mêmes du Consortium se trouvent. Dans les principaux processus mondiaux, le Consortium a accompagné les membres, partenaires, alliés et représentants territoriaux afin qu’ils puissent participer, s’exprimer, s’organiser, interpréter le langage politique, bâtir des alliances et défendre des positions ancrées dans la gouvernance communautaire.
Lors de la troisième Conférence des Nations unies sur l’Océan, cela s’est traduit par la présence des voix des territoires de vie marins dans les débats mondiaux sur les océans, grâce à une participation sur place, un accès multilingue et des événements parallèles stratégiques. Dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique (CDB), l’accent a été mis sur la mise en œuvre fondée sur les droits du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal, en particulier les cibles 3 et 22, le consentement libre, informé et préalable (CLIP), les mesures de sauvegarde et la participation effective. Lors de la 27e réunion de l’Organe subsidiaire chargé de fournir des avis scientifiques, techniques et technologiques de la CDB, le Consortium a organisé plus de 10 événements parallèles. Lors de la 30e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et au Congrès mondial de la nature de l’UICN, le Consortium a soutenu une délégation afin qu’elle participe aux espaces dédiés à la société civile et aux Peuples Autochtones.
Dans l’ensemble de ces espaces internationaux, les références aux Peuples Autochtones et aux communautés locales deviennent de plus en plus visibles dans le langage de la conservation.
Une reconnaissance véritable des droits, de l’autodétermination, des systèmes de gouvernance coutumière, de l’autorité territoriale, de la responsabilité ou de la protection contre les préjudices exige de transformer cette visibilité en actions plus efficaces. Tout au long de 2025, le Consortium a œuvré pour faire évoluer les discussions au-delà de la simple inclusion, vers des questions plus profondes de pouvoir, de responsabilité et de redevabilité.
Par exemple, l’équipe régionale du Consortium en Amérique latine a accompagné l’organisation membre Federación por la Autodeterminación de los Pueblos Indígenas (FAPI) dans la présentation de la motion 138 de l’UICN, aboutissant à une résolution formelle de l’UICN reconnaissant les APAC – territoires de vie comme des contributions essentielles à la conservation de la biodiversité. Ces efforts illustrent le travail de plaidoyer du Consortium, à la fois pour influencer le langage politique et pour défendre les fondements politiques d’une conservation fondée sur les droits.
En 2025, le Consortium a également continué à renforcer la base de connaissances soutenant son travail mondial, à travers des publications stratégiques, du matériel d’orientation, des ressources de plaidoyer et des contributions à la plateforme du Registre APAC. L’apport d’un soutien linguistique par la traduction et l’interprétation constitue un élément central de l’infrastructure de participation du Consortium. Le Consortium a également renforcé ses partenariats et son plaidoyer fondé sur les alliances avec des organisations de Peuples Autochtones, des alliés de la société civile, des institutions techniques, des acteurs de la conservation et des réseaux mondiaux. Ce travail visait à relier les réalités territoriales aux processus politiques internationaux, en contribuant à convoquer, accompagner, traduire et plaider en faveur d’un maintien des Peuples Autochtones et des communautés locales au centre des espaces de décision.
En interne, 2025 a été une année de consolidation des fondations. Le travail effectué au cours de l’année s’est concentré sur le renforcement des processus internes du Consortium et de la cohérence entre les équipes et les instances de gouvernance, avec des rôles et responsabilités plus clairs, des pratiques de coordination plus cohérentes et un meilleur suivi des décisions et engagements organisationnels.
Membres
d’honneur

487
Total fin 2025

5
Nouveaux
admis en 2025
Organisations
membres

271
Total fin 2025

27
Nouveaux
admis en 2025
Points focaux
nationaux et réseaux

96
Nombre total de pays représentés par les membres et les membres d’honneur

Les territoires de vie à travers les régions
L’année 2025 a mis en lumière la diversité, la profondeur et la résilience du mouvement mondial pour les territoires de vie. Des forêts aux parcours pastoraux, des territoires côtiers et marins aux îles, en passant par les montagnes, les zones humides, les sites sacrés et les paysages conservés par les communautés, les Peuples Autochtones et les communautés locales ont continué à faire vivre leurs territoires grâce à la gouvernance coutumière, à la gestion collective, aux savoirs intergénérationnels et aux systèmes locaux de responsabilité.
En 2025, le mouvement en Afrique s’est attaché à transformer les promesses environnementales de haut niveau en droits concrets. Les réseaux régionaux ont contribué à faire évoluer la conservation de modèles descendants contrôlés par l’état vers une gouvernance menée par les communautés elles-mêmes. Ce travail a permis des avancées juridiques, telles que la restitution de parcs nationaux au soin collectif des Maasaï au Kenya, l’obtention de titres fonciers collectifs sur l’île de Sakatia à Madagascar, et la reconnaissance formelle des règles ancestrales de pêche en Afrique de l’Ouest.
Les équipes régionales et organisations membres d’Amérique latine se sont concentrées sur la défense concrète des territoires et la gouvernance autonome des Peuples Autochtones et des communautés locales. Du Cône Sud à la Mésoamérique, ces efforts ont permis de répondre aux lois restrictives et aux pressions environnementales grâce à une meilleure organisation interne et une documentation juridique renforcée. En Argentine, des réseaux communautaires ont maintenu leur gouvernance sur 3,5 millions d’hectares impliquant 65 communautés réparties dans huit provinces ; la FAPI du Paraguay a renforcé la position juridique et institutionnelle de 13 organisations autochtones ; et le réseau chilien a fait progresser les registres APAC pour les communautés Puelo et Chango.
Le travail du Consortium en Asie a débouché sur des changements concrets de politiques, des organisations sous-régionales consolidées et une meilleure documentation des territoires menée par les communautés. Les données de conservation communautaire d’Asie de l’Est sont désormais intégrées aux objectifs mondiaux « 30×30 ». La Stratégie et le Plan d’action pour la biodiversité des Peuples Autochtones des Philippines est devenu un cadre prêt à être mis en œuvre. Au Nagaland, en Inde, et sur le plateau tibétain, en Chine, les communautés ne se contentent plus d’assister des scientifiques extérieurs : elles sont désormais reconnues comme les principales collectrices de données écologiques et les architectes des politiques à l’échelle des états. La région de l’Asie centrale et occidentale et du Caucase s’est concentrée sur le maintien de l’unité entre 11 pays, malgré d’importantes contraintes financières, des coupures d’internet et des conflits régionaux.
En Europe, les efforts se sont concentrés sur le renforcement de la gouvernance interne, l’amélioration de la coordination entre les membres et l’élaboration d’une stratégie et d’un plan d’action 2026-2028 complets pour aligner les objectifs régionaux sur les objectifs mondiaux. L’équipe de coordination européenne a institutionnalisé des pratiques de gouvernance régulières, révisé en profondeur les bases de données des membres et étendu ses actions de sensibilisation auprès des alliés régionaux. Parallèlement à ce travail de consolidation stratégique, le Consortium a soutenu des processus nationaux clés, en facilitant la création juridique du Réseau italien pour les territoires de vie et des échanges de connaissances interrégionaux avec l’Espagne concernant les systèmes d’évaluation par les pairs pour les APAC – territoires de vie. L’année s’est achevée avec la quatrième assemblée européenne des APAC, en Slovénie, qui a non seulement consolidé la feuille de route stratégique de la région, mais également catalysé de nouveaux partenariats, comme une collaboration envisagée avec l’Association slovène des communs.
Le processus de régionalisation du Consortium APAC est demeuré au cœur de ce travail. Les équipes de coordination régionales, les conseils, les membres, les membres d’honneur et les alliés ont joué un rôle essentiel pour relier les priorités locales aux opportunités nationales, régionales et mondiales. Leur travail a permis de veiller à ce que le soutien reste ancré dans les priorités autodéterminées des garants des territoires, plutôt qu’imposé selon un modèle centralisé unique.

Actions, réalisations et défis en 2025
Le plan stratégique 2024-2028 offre au Consortium APAC une orientation commune reposant sur quatre buts : soutenir le renforcement autonome, faire progresser la reconnaissance et les droits, influencer les acteurs externes, et renforcer l’organisation elle-même. En 2025, ces buts se sont traduits par un travail concret dans les territoires, les régions, les espaces politiques mondiaux, la communication, les partenariats et les systèmes internes. Dans le même temps, 2025 a également révélé les limites des capacités actuelles du Consortium. Des attentes croissantes, une incertitude financière, des systèmes de documentation inégaux, des besoins en matière de justice linguistique, une pression administrative et des risques d’épuisement professionnel ont affecté le rythme et la profondeur du travail.
Le but 1
vise à soutenir les priorités autodéterminées et les processus de renforcement autonome des Peuples Autochtones et des communautés locales, pour le bien-être des territoires de vie.
En 2025, ce domaine est resté le plus solide et le plus visible du travail du Consortium, en particulier là où la coordination régionale a permis aux communautés de s’organiser, de documenter, de délibérer et d’agir selon leurs propres priorités. Le Consortium a réalisé des progrès importants dans le renforcement de l’infrastructure du mouvement et du soutien adapté aux régions. Malgré cela, le soutien au renforcement autonome est resté inégal. Certaines régions disposaient de structures de coordination plus établies, d’une capacité de facilitation plus solide ou d’un meilleur accès aux ressources, tandis que d’autres ont dû composer avec des budgets limités, des restrictions politiques, des barrières linguistiques ou des dispositifs institutionnels fragiles.
Le but 2
vise à faire progresser une reconnaissance appropriée des territoires de vie ainsi que le respect, la protection et la réalisation des droits de leurs garants.
En 2025, le travail du Consortium en matière de reconnaissance a inclus la documentation contrôlée par les communautés, des pétitions, la coordination liée aux registres, le plaidoyer juridique et politique, les mesures de sauvegarde, le CLIP, les droits des défenseurs des droits humains environnementaux, et des récits publics plus clairs autour des territoires de vie. Cependant, la reconnaissance demeure l’un des domaines de travail les plus complexes. Les voies juridiques et politiques varient considérablement d’un pays à l’autre et la reconnaissance formelle peut prendre des années.
Le but 3
vise à influencer les acteurs externes et leurs pratiques afin qu’ils apportent un soutien approprié aux priorités autodéterminées des territoires de vie et de leurs garants.
En 2025, le travail d’influence du Consortium s’est manifesté dans les grandes enceintes politiques et dans le renforcement du plaidoyer fondé sur les alliances, ce qui a accru la portée des messages du Consortium tout en contribuant à maintenir la visibilité des priorités communautaires dans les espaces mondiaux. Un défi majeur dans ce domaine est que l’influence est difficile à mesurer — la participation à un espace politique ne signifie pas automatiquement une influence.
Le but 4
vise à renforcer la santé interne, la solidarité, les systèmes, la gouvernance et la durabilité du Consortium, afin qu’il puisse servir les territoires de vie avec intégrité.
En 2025, le Consortium a réalisé des progrès importants dans la consolidation de ses fondations. Les routines de coordination se sont améliorées, l’apprentissage organisationnel est devenu plus explicite et la régionalisation est passée du principe à un modèle plus opérationnel. Le travail du Consortium a gagné en ampleur, en complexité et en visibilité, mais certains systèmes internes nécessitent encore des améliorations. Le risque d’épuisement professionnel est également devenu une préoccupation organisationnelle majeure, en raison d’une charge de travail élevée et d’une capacité de personnel limitée, tandis que la durabilité financière est demeurée un défi central.
Enseignements et perspectives
Le principal enseignement de 2025 est que l’impact du Consortium réside dans la dynamique d’une organisation interdépendante entre les communautés, les interventions politiques et le plaidoyer à différents niveaux. Les assemblées régionales, le travail de documentation, le plaidoyer mondial, la communication et les systèmes organisationnels dépendent tous les uns des autres et aucun ne fonctionne isolément. En ce sens, 2025 doit être comprise comme une année de mise en œuvre, de consolidation et d’apprentissage stratégique, qui a permis de clarifier à la fois le chemin parcouru par le mouvement et ce qu’il faudra pour le pérenniser. Le Consortium a réalisé des avancées significatives en matière de régionalisation, d’influence politique, de récits de conservation fondés sur les droits et de consolidation organisationnelle. Cependant, il a également été confronté à de réels défis : incertitude financière, intensité opérationnelle, systèmes de documentation inégaux et capacité limitée en matière de planification, de suivi, d’évaluation et d’apprentissage.
L’orientation pour 2026 est claire : approfondir le soutien régional, renforcer les voies de reconnaissance, transformer le positionnement mondial en levier national et régional, améliorer les systèmes de documentation et d’apprentissage, doter correctement en ressources la justice linguistique et la communication, renforcer la transparence financière, et aligner l’ambition avec le soin organisationnel et la durabilité. La force du Consortium demeure sa capacité à relier les territoires, les régions et les espaces mondiaux à travers la solidarité et un objectif commun. Préserver cette force nécessitera non seulement davantage d’actions, mais aussi de meilleurs systèmes, des priorités plus claires et un soin plus profond envers les personnes et les communautés qui portent ce travail.