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Ndima-Kali, le Mouvement des Jeunes BaAka et Sangha-Sangha pour Valoriser leurs Cultures et Lutter Contre les Discriminations

Par José Martial Betoulet, Coordonnateur de Ndima-Kali – association des jeunes BaAka et Sangha-Sangha, Membre du Consortium APAC.

A travers les âges, les BaAka, peuple forestier, et les Sangha-Sangha, peuple pêcheur, ont développé un rapport intime et synergique avec le territoire qu’ils habitent. Dans la région de la Sangha, qui enjambe la frontière tri-nationale du Cameroun, de la République du Congo et la République Centrafricaine, ils ont établi un lien vital avec les forêts et rivières dont ils dépendent pour leur subsistance autonome. Cette interaction a défini les valeurs culturelles de ces communautés et modelé leur organisation sociale.

Cependant, aujourd’hui les riches cultures des BaAka forestiers et des Sangha-Sangha pêcheurs font face à de fortes pressions. La discrimination, l’exploitation et le mépris de leurs traditions et de leur mode de vie nuisent à la continuité des pratiques ancestrales, en décourageant leur transmission aux générations suivantes. De ce fait Ndima-Kali cherche á encourager les jeunes BaAka et Sangha-Sangha en proposant un espace pour défendre et valoriser leurs cultures et lutter contre toutes formes de discriminations.

Ndima-Kali est née en 2012, avec le soutien d’Ernesto Noriega et Tatjana Puschkarsky de l’ONG OrigiNations, également Membre du Consortium. En 2016, Ndima-Kali a tenu sa première Assemblée Générale et est devenue une association légale à but non lucratif. Ndima, en langue BaAka veut dire la forêt et Kali en Sangha-Sangha signifie la rivière, ce qui reflète les lieux des pratiques traditionnelles de ces peuples.

Depuis, Ndima-Kali a travaillé avec plus de 1500 jeunes autochtones, originaires de 11 villages différents de la commune de Yobé-Sangha, mais aussi au-delà de la frontière, à Bomassa, au nord du Congo Brazzaville et à Mambele, à l’Est du Cameroun, pour promouvoir et valoriser le savoir traditionnel et pour défendre leur droit d’accès à la terre, aux ressources naturelles et à l’éducation.

La mission de Ndima-Kali se résume en trois points : prévenir le déclin de nos cultures singulières, documenter et valoriser les savoirs traditionnels en tant qu’outils importants pour l’auto-détermination et enfin, lutter contre les injustices et discriminations.

Les objectifs de Ndima-Kali sont les suivants :

  • Encourager la communication entre les jeunes et les anciens dans les villages, pour surmonter le fossé creusé entre les générations et permettre la transmission des savoirs traditionnels ;
  • Identifier, rassembler et consolider un groupe de jeunes BaAka et Sangha-Sangha dévoués à la recherche, la documentation et la promotion du savoir traditionnel de leurs ancêtres ;
  • Développer des stratégies qui permettent aux communautés de profiter de leur riche patrimoine culturel, notamment à travers la promotion d’initiatives qui générent des opportunités économiques grâce à la valorisation des savoirs traditionnels ; et
  • Appuyer les communautés pour une compréhension solide des législations nationales et internationales concernant leurs communautés pour affermir leurs capacités de défendre et promouvoir leurs droits.

Les jeunes de Ndima Kali sont impliqués dans toutes les activités de l’organisation.

Transmettre les savoirs traditionnels

Nous organisons régulièrement des colonies de vacances, d’une durée d’une semaine, au cours dequelles nous amenons les jeunes (généralement entre vingt et trente) au campement de Pibongo, situé à une heure en bateau pirogue. Nous partons avec deux doyens (anciens, détenteurs de savoirs traditionnels spécifiques).

Lors de ces colonies nous leur enseignons la chasse au filet, la pêche traditionnelle, la fabrication de paniers et de nattes, le tressage des filets de chasse et de pêche, la fabrication des instruments musicaux, les chants, danses et contes, les plantes médicinales, les techniques de grimpage, les techniques de récolte du miel, la technique de récolte des ignames, et la construction des huttes.

Nous faisons par ailleurs des campagnes de sensibilisation régulières sur la culture traditionnelle comme outil important pour la conservation, dans les villages et les écoles, et avons créé un livret sur la connaissance des plantes médicinales.

Cartographier le territoire pour protéger ses ressources

Nous travaillons également sur la cartographie communautaire. Les activités des concessions forestières sont effectuées dans des zones desquelles dépendent une grande partie de la population locale, et en particulier le peuple autochtone BaAka, pour leurs moyens de subsistance et pour leur pratiques culturelles.

En République Centrafricaine, les droits coutumiers d’accès et d’utilisation des ressources naturelles sont garantis par le Code de la Forêt de 2008, l’Accord de Partenariat Volontaire/FLEGT de 2010, et la Convention de l’OIT N° 169, ratifiée en 2010. La cartographie communautaire fait partie des exigences pour obtenir la certification FSC et permet donc également d’obtenir des certifications aux exigences moindres à celles de FSC.

En 2016, nous avons commencé ce projet de cartographie communautaire. Elle a permis aux habitants des villages Kanza, Nguengueli, Gbokosso et Camp-Dimanche de créer des cartes précises de leurs ressources les plus importantes en utilisant des smartphones compatibles avec le GPS. Les cartes sont intégrées dans les procédures de la prospection et l’exploitation des bois par la concession forestière (SINFOCAM). Elles permettront de faciliter la communication, en aidant à éviter les conflits et veiller à ce que des ressources précieuses pour les populations locales puissent être protégées et respectées lors du processus d’exploitation.

Lutter contre les discriminations

En collaboration avec l’ONG Maison de l’enfant et de la femme Pygmée (MEFP), nous organisons aussi des campagnes sur les moyens de lutter contre les abus et la discrimination, et nous présentons également les institutions qui peuvent les soutenir et leur venir en aide.

Nous avons conçu par ailleurs une bande dessinée (« Non à la discrimination dans les écoles ») pour sensibiliser les enfants bantous à accepter les enfants autochtones dans les salles de classe et un livret en langue autochtone pour encourager les enfants autochtones à étudier dans leur langue aussi, en dehors de la langue française.

Photos: © José Martial Bétoulet, Ndima-Kali.