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Le Consortium APAC lance un nouveau rapport majeur sur les territoires de vie

Le rapport souligne l'importance de reconnaître les droits et les systèmes de gouvernance des Peuples Autochtones et des communautés locales pour une conservation efficace et équitable

Le 20 mai, le Consortium APAC a présenté le rapport 2021 sur les territoires de vie, une publication contenant 17 exemples de territoires et d’aires conservés par des Peuples Autochtones et des communautés locales dans différentes régions du monde. Le rapport comprend des analyses nationales et régionales sur l’état des territoires de la vie, ainsi qu’une analyse spatiale mondiale avec les meilleures informations disponibles à ce jour sur l’étendue estimée des terres et des espaces naturels conservés par les Peuples Autochtones et les communautés locales dans le monde entier, ainsi que le chevauchement avec les aires à haute valeur de conservation de la biodiversité, entre autres.

Le rapport a été lancé pendant la semaine des célébrations de la Journée internationale de la diversité biologique, dans le but d’inviter les Parties à la Convention sur la Diversité Biologique (CDB) à tenir compte de ses conclusions lors des négociations sur le cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020.

Teddy Baguilat Jr, Président du Consortium APAC, a souligné dans sa présentation le rôle crucial joué par les Peuples Autochtones et les communautés locales dans la conservation. « Le nouveau rapport du Consortium APAC sur les territoires de vie apporte des preuves supplémentaires du fait que le rôle des Peuples Autochtones et communautés locales dans le maintien de la diversité de la vie sur terre est si essentiel que sans eux, il serait impossible de faire face aux crises interdépendantes de la biodiversité et du climat », a-t-il déclaré.

Pour illustrer l’efficacité des systèmes de gouvernance des Peuples Autochtones et des communautés locales, Salatou Sambou, membre du territoire de vie Kawawana au Sénégal et Coordinateur régional du Consortium APAC pour l’Afrique de l’Ouest, a narré l’expérience d’un territoire de vie de Casamance. Sur ce territoire, une association de pêcheurs s’est organisée avec la communauté pour protéger et restaurer leur territoire de vie, en créant un système de zonage autodéterminé pour réguler l’utilisation des terres et des eaux, afin d’assurer leur subsistance.

Pêcheur du territoire de vie Kawawana. Photo : Grazia Borrini-Feyerabend

« Ces dernières années, nous voyons à nouveau beaucoup de poisson… Nous avons commencé à partager les bénéfices et nous savons que l’alimentation est bonne en qualité et en quantité, et que les familles ont vu une nette amélioration », a affirmé M. Sambou, suite au succès de la première APAC reconnue par le gouvernement du Sénégal. Celle-ci s’étend sur 9 665 hectares.

Comme l’a déclaré la Secrétaire exécutive de la CDB, Elizabeth Mrema, dans un message vidéo spécialement enregistré pour l’occasion,  « les systèmes de gouvernance et de gestion autochtones offrent de nouvelles façons d’envisager une gouvernance de la biodiversité réaliste et véritablement transformatrice ». Il est donc temps d’y souscrire pleinement, car c’est également une solution à la dégradation de la biodiversité.

Le Consortium APAC a également présenté diverses recommandations et opportunités d’action que les décideurs politiques devraient prendre en compte dans l’élaboration du cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020. Ameyali Ramos, Coordinatrice des politiques internationales du Consortium APAC, a souligné la nécessité de concentrer les efforts sur l’arrêt des menaces et de la violence à l’encontre des Peuples Autochtones et des communautés locales et de leurs territoires de vie ; la reconnaissance et le respect des droits humains en général et des droits spécifiques aux Peuples Autochtones et communautés locales ; et le soutien aux initiatives autodéterminées des communautés pour se renforcer et se préserver elles-mêmes ainsi que leurs territoires.

Elle a mis l’accent sur le fait que « les droits humains doivent être placés au cœur du cadre pour l’après-2020. Certains objectifs doivent au minimum inclure des garanties pour prévenir les violations des droits humains ».

Dans le même ordre d’idées, Tupac Viteri Gualinga, Président du Peuple Autochtone Kichwa de Sarayaku, établi en Amazonie équatorienne, a mentionné que « le manque de garanties juridiques en Amazonie équatorienne et l’expropriation des territoires par le système des aires protégées et les industries extractives constituent une violation de nos droits », raison pour laquelle le Peuple Kichwa de Sarayaku a déclaré son territoire de vie comme Kawsak Sacha ou « Forêt vivante », sujet et détenteur de droits.

La rivière Bobonaza sur le territoire de vie de Sarayaku. Photo: Wachachik

L’importance du rôle des Peuples Autochtones et des communautés locales dans la conservation est un fait et l’analyse spatiale mondiale, co-développée pour ce rapport par le Centre mondial de suivi de la conservation du Programme des Nations Unies pour l’environnement (UNEP-WCMC) et le Consortium APAC, présente quelques chiffres clés qui nous permettent de le comprendre. Neville Ash, directeur de l’UNEP-WCMC, l’explique brièvement : « Environ un cinquième de la superficie terrestre au niveau global se trouve sur des territoires de vie potentiels, et cela inclut un cinquième de l’ensemble des zones clefs pour la biodiversité dans le monde. Si ces aires potentielles étaient reconnues pour leur contribution à la conservation aux côtés des aires conservées et protégées existantes, cela équivaudrait à environ un tiers des terres de la planète ». Ash a ainsi souligné le fait que les Peuples Autochtones et les communautés locales du monde qui gouvernent, gèrent et conservent au moins la moitié de cette superficie ne sont ni reconnus ni soutenus. De ce fait, « le cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020 est sans aucun doute l’opportunité de reconnaître [leur] contribution [à la conservation] et de s’assurer que les droits d’utilisation de ces terres sont sécurisés ».

Ce rapport est donc une lecture incontournable pour tous les responsables gouvernementaux et membres de la société civile impliqués dans les négociations de la CDB sur le cadre pour l’après-2020, qui décidera des actions à mener par les gouvernements pour assurer l’avenir de la biodiversité. Grâce à ces données fondamentales, le Consortium APAC attend des Parties que non seulement elles reconnaissent le rôle crucial des Peuples Autochtones et des communautés locales, mais aussi qu’elles garantissent leurs droits et leur participation effective à la planification et à la mise en œuvre des mesures au niveau national et local.

Regardez l’événement de lancement complet ici :

Traduction en français par Rachel Babin