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Solidarité avec les communautés autochtones qui résistent à la militarisation croissante et aux industries minières en Inde centrale

Milenioscuro, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Que se passe-t-il dans le Bastar ?

Au cœur de la région du Bastar, située dans l’état du Chhattisgarh en Inde, les communautés autochtones adivasis subissent une militarisation de plus en plus forte. Elles sont confrontées à des exécutions extrajudiciaires, à des déplacements forcés et à une criminalisation croissante, tandis que les projets miniers et extractifs se multiplient rapidement sur leurs terres.

Les forêts tropicales et les collines du Bastar, riches en biodiversité, s’étendent sur près de 33 000 km². Elles abritent 2,7 millions d’habitants, dont deux tiers issus des communautés adivasis. Ces dernières années, les opérations de contre-insurrection menées par le gouvernement indien se sont intensifiées, parallèlement à l’essor des projets miniers qui entraînent un processus de déforestation dont la vitesse est alarmante. Tandis que de jeunes militants et leaders communautaires s’opposent à la dépossession, les exécutions extrajudiciaires et l’incarcération massive de défenseurs des droits humains se sont nettement accrues, bien souvent sans recours à la justice.

Le terme Adivasi signifie « habitant originel » et désigne les Peuples Autochtones de l’Inde. Dans le Bastar, des communautés telles que les Gond, les Maria, les Halba et les Muriya vivent dans des territoires forestiers qu’elles préservent depuis des générations. Ces communautés forestières pratiquent traditionnellement l’agriculture, la chasse, la pêche, la cueillette et la fabrication de remèdes. Leur culture et leur spiritualité demeurent profondément liées à la forêt. Malgré ce lien ancestral à la terre, les Adivasis figurent toujours parmi les populations les plus marginalisées d’Inde. Le Bastar affiche d’ailleurs certains des indicateurs de santé, d’éducation et de développement économique les plus faibles du pays.


Le Bastar se distingue autant par sa richesse écologique que par l’abondance de ses ressources minérales, faisant de cette région un territoire stratégique pour le développement industriel et minier, au détriment de l’environnement. Depuis plusieurs décennies, les communautés locales s’opposent aux projets miniers à grande échelle. Parallèlement, une insurrection persistante impliquant les populations adivasis a conduit le gouvernement à présenter le Bastar avant tout comme un problème de sécurité. En conséquence, l’organisation autochtone, les mouvements de protestation et la participation politique sont fréquemment criminalisés.


Sur le plan économique, la richesse minérale du Bastar est essentielle à l’économie du Chhattisgarh : cet état détient environ 19% du minerai de fer de l’Inde, 20% de sa bauxite et 36% de son étain. Ces ressources génèrent plus de 15,000 crores de roupies par an de revenus miniers, le Bastar y contribuant massivement grâce à ses réserves de minerai de fer. La région regorge également de diamants, d’or, de calcaire, de dolomie et de charbon. L’exploitation minière a débuté dans les années 1960, avec la première production commerciale de minerai de fer lancée en 1968 par NMDC Limited dans les complexes de Kirandul et Bacheli, nichés au cœur des collines sacrées de Bailadila (district de Dantewada ). Cette expansion a été contestée.Un projet proposé à Bailadila (« Dépôt 13 ») a été suspendu le 11 juin 2019 à la suite de vastes manifestations, car il menaçait Nand Raj Pahad, un site sacré pour la communauté adivasi Koya. Au cours des vingt dernières années, des entreprises telles qu’Essar Steel (3,2 MTPA à Dhurli et Bhansi) et Tata Steel (5 MTPA à Lohandiguda) ont initié des projets ayant suscité une forte résistance de la part des agriculteurs adivasis en raison des déplacements forcés qu’ils impliquaient. Des preuves sont ensuite apparues, révélant que le consentement des Gram Sabha obtenu en 2014 avait été falsifié ; Tata s’est retirée en 2016, et 1 724 hectares ont été restitués aux communautés entre 2018 et 2019. Plus récemment, en mars 2025, ArcelorMittal, via sa coentreprise ArcelorMittal Nippon Steel India, a obtenu une licence composite pour explorer et exploiter deux blocs forestiers de 850 hectares (dépôts Bailadila 01A et 01B).


Certains dirigeants adivasis qualifient leur vécu du développement dans le Bastar de véritable « violence du développement ». En théorie, le développement devrait apporter infrastructures, services de santé, éducation et opportunités économiques, dans le respect d’un consentement libre, informé et préalable. En réalité, les projets menés sur les territoires adivasis ont souvent entraîné des acquisitions de terres, des déplacements, une militarisation, la disparition des forêts et la construction d’infrastructures destinées à l’exploitation minière et au transport des ressources. Les communautés qui s’opposent à ces projets sont confrontées à des intimidations, des arrestations, voire des assassinats. La « violence du développement » désigne ainsi un modèle où le développement est imposé par la force et la répression de toute résistance autochtone, plutôt que par la consultation et le consentement des populations ; il sert avant tout des intérêts économiques et corporatifs.


En décembre 2023, le ministre de l’Intérieur indien a annoncé que l’insurrection dans la région serait éradiquée d’ici le 31 mars 2026. Peu après, une hausse spectaculaire des violences a été constatée dans les zones forestières du Bastar  à mesure que les opérations de sécurité, qualifiées d’« affrontements » de contre-insurrection, s’intensifiaient. En décembre 2025, plus de 550 personnes avaient trouvé la mort dans le seul Bastar. Aujourd’hui, même si le nombre d’affrontements semble avoir reculé en raison du déclin du mouvement maoïste, le contrôle sur la vie quotidienne dans de nombreux villages s’est renforcé, avec la multiplication de nouveaux camps de sécurité, l’extension de la surveillance et des restrictions accrues des déplacements et de l’accès aux forêts. Parallèlement, les projets miniers s’accélèrent, et les dirigeants communautaires redoutent les conséquences de l’échéance d’« élimination » à venir.

Résister aux accaparements de terres, à la militarisation et à l’exploitation minière destructrice

Malgré les nombreux dangers auxquels elles font face, les communautés adivasis du Bastar n’ont cessé de s’organiser pour défendre leurs droits humains et leurs droits territoriaux légalement reconnus. Depuis des décennies, des mouvements locaux résistent aux grands projets miniers et industriels qui menacent forêts et villages. La mobilisation communautaire a par moment réussi à contraindre des entreprises à suspendre ou à abandonner leurs activités. Ces luttes s’inscrivent dans un contexte particulièrement difficile, où les militants doivent affronter surveillance, intimidation, harcèlement, arrestations, exécutions extrajudiciaires, ainsi que violences physiques et sexuelles.

En 2021, une nouvelle vague d’organisation est née lorsque de jeunes adivasis ont initié ce  qu’ils qualifient de mouvements de construction de la paix fondés sur la justice. Ces initiatives prônaient le dialogue, la mise en œuvre des protections constitutionnelles existantes pour les communautés autochtones et la fin des violences. En 2024, plus de quarante sites de protestation ont émergé à travers le Bastar, où jeunes militants et dirigeants communautaires ont organisé réunions publiques et manifestations. La plus importante de ces plateformes, Moolwasi Bachao Manch (« Mouvement pour sauver les Peuples Autochtones »), a ensuite été déclarée illégale par le gouvernement de l’état ; de nombreux organisateurs ont été arrêtés en vertu de lois sévères contre la sédition.

Aujourd’hui, de nombreux jeunes leaders ayant participé à la construction de ces mouvements demeurent en détention. Pourtant, les revendications essentielles des communautés adivasis du Bastar – sécurité, reconnaissance de leurs droits et protection de leurs terres – restent sans réponse, et les mobilisations persistent.

  • Exécutions extrajudiciaires de civils

  • Violences sexuelles à l’encontre de membres des communautés adivasis

  • Implantation de camps de sécurité sur les territoires adivasis

  • Création délibérée de divisions internes et de méfiance au sein des communautés adivasis

  • Criminalisation des mouvements de masse portés par la jeunesse et de la participation politique

  • Arrestations et détentions arbitraires de défenseurs des droits humains

  • Octroi de licences minières sur les territoires adivasis sans consentement libre, informé et préalable (CLIP)

Pourquoi le Bastar est important à l’échelle mondiale et comment agir

Malgré la gravité de la crise que vit le Bastar, celle-ci demeure largement ignorée à l’échelle internationale. Ce qui s’y joue illustre une tendance mondiale croissante : les territoires autochtones, riches en biodiversité et en ressources naturelles, sont de plus en plus pris pour cibles par des projets d’extraction. Partout dans le monde, gouvernements et entreprises multiplient les projets miniers, d’infrastructures et énergétiques sur les terres autochtones, souvent au prix d’une militarisation accrue et de la criminalisation de la résistance communautaire.

Le Bastar constitue aujourd’hui l’un des exemples les plus frappants de ce phénomène. Les organisations de la société civile actives dans la région doivent composer avec d’importantes contraintes, tandis que de nombreux dirigeants adivasis vivent sous une menace permanente. Une vigilance internationale renforcée peut s’avérer déterminante pour assurer la transparence, appuyer les démarches de documentation et renforcer la responsabilité face aux violations des droits humains. La solidarité des réseaux autochtones, des organisations de la société civile, des chercheurs et des institutions internationales demeure essentielle pour faire entendre les voix des communautés adivasis du Bastar.

Il est possible d’adresser un message de soutien et de solidarité aux jeunes défenseurs des droits humains adivasis, actuellement incarcérés sur la base d’accusations fabriquées par l’état indien, via le formulaire en ligne accessible sur le site d’InSAF India. Les messages seront publiés sur une page dédiée et partagés ultérieurement pour être relayés sur les réseaux sociaux. Les images et liens vidéo disponibles sur cette page de solidarité peuvent également être utilisés pour ces diffusions. Dans la mesure du possible, les messages seront transmis aux avocats des militants afin qu’ils leur soient communiqués.

Défendre les territoires de vie

Partout dans le monde, les APAC sont confrontées à diverses pressions qui menacent leur existence et font souvent courir de graves risques à leurs garants, leurs gardiens et leurs « défenseurs ». Le Consortium s’efforce d’y répondre par le biais de plusieurs types d’initiatives.

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