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De nouvelles ressources sur les communs pastoraux : reconnaître l’organisation collective et la gestion mobile comme un modèle dynamique et tourné vers l’avenir

De nouvelles études universitaires, qui envisagent les communs pastoraux dans leur contexte mondial, proposent de les aborder comme un modèle de gestion collective dynamique et tourné vers l'avenir. Elles mettent en lumière la manière dont interagissent les mobilités, les territoires et les droits collectifs pour former des infrastructures socio-écologiques vivantes qui remettent en question les idées dominantes en matière de propriété, de gestion, de productivité et de durabilité

First published on 03/11/2026, and last updated on 03/24/2026

Un article de Pablo Dominguez, membre d’honneur du Consortium APAC


Le groupe de travail international Pastoral Commons de l’Alliance mondiale pour les pâturages et les éleveurs pastoraux a récemment publié de nouvelles ressources scientifiques qui proposent une approche plus large des territoires de vie, en tant que modèle de gestion collective et durable, dynamique et tourné vers l’avenir.

Élaborées dans le cadre de l’Année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux (IYRP) 2026, ces deux publications replacent les communs pastoraux dans leur contexte mondial.

Cadrage conceptuel relatif aux communs pastoraux

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Ce cadre conceptuel jette les fondements nécessaires à la collecte des données existantes. Il souligne l’étendue géographique des communs pastoraux et leurs valeurs intrinsèques en termes d’organisation politique, d’ancrage socioculturel, de productivité agroéconomique, de contributions environnementales et en matière juridique, démontrant qu’il n’est plus possible d’ignorer la « réalité invisible » multiforme de ces systèmes.

L’élaboration de ce cadre conceptuel a été dirigée par Francisco Godoy-Sepúlveda, Santiago A. Parra, Pau Sanosa-Cols, Adrià Peña-Enguix, Daniel Maghanjo Mwamidi et Pablo Domínguez (de l’équipe PICCAHer). Ce processus a également bénéficié des précieux commentaires de plus de 30 experts et représentants de la société civile issus du groupe de travail et venus du monde entier. Le groupe de travail en question émane quant à lui d’un premier groupe de travail sur les éleveurs pastoraux et les droits fonciers de l’Alliance mondiale pour les parcours et les éleveurs, créé pour soutenir l’année internationale IYRP et continuer à relayer son message au-delà de l’horizon 2026.

Le groupe de travail sur les communs pastoraux vise à favoriser la collaboration entre les titulaires de droits pastoraux, les institutions autochtones et les communautés locales. Il implique également des organisations de la société civile, des chercheurs et des organismes publics. Ensemble, ces acteurs visent à transformer les connaissances et les expériences vécues en lien avec les communs pastoraux en actions coordonnées. Le groupe documente les contributions et met en évidence la valeur des communs afin de renforcer la gouvernance. Il souligne également les conditions juridiques, politiques et commerciales à différentes échelles. Ces efforts contribuent à l’année internationale IYRP 2026 et aux efforts mondiaux plus larges du Consortium APAC, de la Coalition internationale pour l’accès à la terre (ILC – International Land Coalition) et d’autres organisations.

Les mobilités pastorales comme bien communs

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Le texte souligne combien il est important de ne pas négliger les formes et les structures communautaires liées à la transhumance et à d’autres types de mobilité tels que le nomadisme. Il illustre de manière éloquente le rôle clé que continuent de jouer la culture et les valeurs des communs pastoraux. Ces valeurs garantissent à la fois les mobilités pastorales et la conservation des pâturages qui y est associée, sans oublier les avantages environnementaux qui en découlent, tout en préservant les moyens de subsistance, le patrimoine culturel et des économies qui sont uniques en termes d’alimentation, de création de paysages et d’autres types de production. En l’absence de mobilité, le pastoralisme se serait tout simplement effondré, et sans état d’esprit communautaire, ces mobilités seraient beaucoup plus difficilement réalisables, voire impossibles dans de nombreux cas. Analyser la manière dont les éleveurs organisent collectivement l’accès aux pâturages et aux couloirs de transhumance, nous permet de mieux comprendre en quoi la mobilité elle-même fonctionne comme un bien commun ou une pratique de mise en commun. Nous pouvons également observer les négociations sur les calendriers et la coordination de leurs déplacements sur de vastes territoires.

Ce texte a été rédigé par Pau Sanosa, Francisco Godoy et Pablo Domínguez (équipe PICCAHers).

L’ensemble de ces textes vient nous rappeler que les sociétés pastorales continuent de prendre soin de vastes territoires répartis sur tous les continents, qui pourraient bien représenter près de la moitié de la surface terrestre. Le plus souvent, elles recourent à des formes d’organisation collective qui remettent en question les conceptions dominantes de la propriété, la productivité et la durabilité. Loin d’être les vestiges d’un passé archaïque, ces systèmes pastoraux constituent des infrastructures socio-écologiques vivantes qui soutiennent la production alimentaire, la biodiversité, le patrimoine culturel et la gouvernance locale.

Comprendre leur pertinence contemporaine exige de dépasser les dichotomies simplistes, notamment entre privé et public, ou tradition et modernité. Il faut également reconnaître le rôle central des institutions fondées sur les biens communs dans la formation des paysages pastoraux.

Les communs pastoraux illustrent particulièrement bien l’imbrication entre mobilités, territoires et droits collectifs. Les environnements pastoraux se caractérisent par leur variabilité, qu’elle soit saisonnière, interannuelle ou liée à des fluctuations climatiques à plus long terme. Dans ces environnements, la flexibilité n’est pas un luxe, mais une condition nécessaire à la survie. Les éleveurs sont tributaires de pâturages, de points d’eau et de couloirs de déplacement qui sont partagés et gouvernés collectivement. Ces ressources communes leur permettent de s’adapter aux changements écologiques.

Ces ressources sont intégrées à des institutions sociales qui coordonnent leur accès et réglementent la fréquence et l’intensité de leur utilisation. Ces institutions jouent également un rôle de médiation en cas de conflit. Elles sont soutenues par des économies morales dans lesquelles la réputation, la réciprocité et l’entraide jouent un rôle aussi important que les sanctions formelles. En ce sens, les communs pastoraux ne désignent pas seulement des régimes de ressources. Il s’agit de systèmes culturels et politiques qui articulent à la fois les moyens de subsistance, les identités et les paysages.