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Déclaration de solidarité à l’occasion de la Journée internationale de la diversité biologique 2022

Le lac Natron ; le territoire de vie conservé par les Maasaï d’Engaresero en Tanzanie du Nord. Photo : Lodrick Mika

Le 22 mai, nous célébrons la Journée internationale de la diversité biologique, à un moment où les Peuples Autochtones et les communautés locales se battent encore pour obtenir la place qui leur revient dans les décisions qui les concernent, eux et leurs territoires de vie

Nous célébrons la Journée internationale de la diversité biologique 2022 à un moment où nous assistons à un renforcement, qui semble maintenant incontournable, de la reconnaissance et du soutien aux Peuples Autochtones et communautés locales en tant que gardiens de la vie sur Terre. Toutefois, ils continuent de se battre pour obtenir la place qui leur revient dans les décisions qui les affectent, eux et leurs territoires de vie. Les négociations en cours sur le cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020 sont un bon exemple de cela.

Cette année, le slogan de la journée est « Construire un avenir commun pour toutes les formes de vie ». Les Nations unies l’ont choisi pour consolider la dynamique actuelle et marquer leur soutien au cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020, qui devrait être adopté lors de la prochaine Conférence des Nations unies sur la biodiversité (COP15).

Il s’agit d’une période critique pour l’avenir de notre planète et la diversité de la vie. Alors que la pandémie se prolonge, les Peuples Autochtones et les communautés locales du monde entier s’efforcent de relever les défis liés à l’aggravation de la crise planétaire et des inégalités.

L’expérience des Peuples Autochtones et des communautés locales a montré qu’il est possible de sauver des espèces en voie de disparition, de restaurer des systèmes socio-écologiques et de préserver et soutenir des territoires de vie dans un contexte de profonds changements. La gestion collective et communautaire est essentielle pour un avenir commun et durable.

La diversité biologique est essentielle à la vie et aux modes de vie des Peuples Autochtones et des communautés locales. Les connaissances, les cultures, les modes de vie et les pratiques spirituelles des Peuples Autochtones et des communautés locales sont intimement liés à la diversité de la vie présente dans leurs territoires, leurs terres et leurs eaux.

Cependant, dans de nombreux pays du monde, des gouvernements, des entreprises et des organisations de conservation continuent de bafouer les droits et les responsabilités des Peuples Autochtones et des communautés locales à l’égard de leurs cultures et de leurs territoires de vie, y compris leurs droits à l’autodétermination, à la gouvernance autonome et au consentement libre, informé et préalable.

Le moment est venu de reconnaître les Peuples Autochtones et les communautés locales comme les véritables agents pour un changement transformateur. Leur rôle dans le maintien de la diversité de la vie sur Terre est essentiel, au point qu’il serait impossible de faire face aux crises de la biodiversité et du climat sans eux.

Selon le rapport 2021 du Consortium APAC sur les territoires de vie, le soutien aux Peuples Autochtones et communautés locales pour sécuriser leurs terres et territoires de vie collectifs, ainsi que leurs droits fondamentaux, est un élément absent et pourtant essentiel dans les engagements internationaux et leur mise en œuvre au niveau national. Des arguments en ce sens ont également été apportées par un nouveau rapport régional, co-écrit par 20 organisations autochtones et communautés locales à travers l’Asie, y compris plusieurs Membres du Consortium APAC, et l’Initiative pour les Droits et les Ressources (Rights and Resources Initiative, en anglais).

En vue de l’adoption du cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020, prévue lors de la prochaine conférence des Nations unies sur la biodiversité, les discussions sur l’importance de reconnaître les droits et les rôles des Peuples Autochtones et des communautés locales dans le maintien des systèmes qui génèrent la vie sur l’ensemble de la planète sont de plus en plus nombreuses.

Pourtant, tout au long des négociations relatives au cadre post-2020, la plupart des gouvernements et des organisations de conservation se sont essentiellement concentrés sur le projet d’objectif concernant la conservation par zone, communément appelé 30×30, sans prendre suffisamment en compte la nécessité de mettre un terme aux facteurs de perte de biodiversité et aux menaces à l’encontre des personnes qui risquent leur vie pour défendre notre planète.

Concernant l’objectif 30×30, la plupart des négociateurs ont par ailleurs montré très peu voire aucune volonté de s’engager en faveur de la protection des droits humains dans le domaine de la conservation, en particulier des droits des Peuples Autochtones et des communautés locales, de la reconnaissance légale de leurs territoires et du respect de leurs usages coutumiers, comme l’ont signalé les voix des gardiens des terres, des eaux et des territoires de vie.

Toutefois, certains signes indiquent que le vent pourrait tourner, grâce aux efforts concertés du Forum international des Peuples Autochtones sur la biodiversité, des caucus des jeunes, des femmes et de la société civile, ainsi que d’un groupe restreint mais solide de gouvernements alliés.

Suite aux sessions de Genève en mars 2022, ces efforts se trouvent reflétés dans la Cible 3 du projet de cadre post-2020, qui souligne l’importance de reconnaître les contributions des Peuples Autochtones et des communautés locales et de gérer, sécuriser et sauvegarder leurs droits au-delà de la législation nationale et en respectant les obligations internationales. Les sessions de Genève ont également ouvert la voie à la reconnaissance de l’importance des terres et territoires des Peuples Autochtones et des communautés locales, y compris leur droit au consentement libre, informé et préalable.

Cependant, il reste encore un long chemin à parcourir avant que les territoires de vie soient pleinement et convenablement reconnus et défendus dans le cadre post-2020.

Dans le cadre des prochaines négociations à Nairobi en juin et des plans de mise en œuvre au niveau national, nous appelons les dirigeants nationaux et internationaux à harmoniser les objectifs et les cibles du cadre post-2020 avec les valeurs, les visions et le leadership autodéterminés des gardiens autochtones et communautaires. Nous les exhortons à honorer leurs engagements en faveur d’une approche de la mise en œuvre fondée sur les droits afin de garantir une planète saine et durable pour tous et de parvenir à un consensus avant la COP15.

Traduction : Rachel Babin et Gaëlle Le Gauyer.